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La musique de retour dans les rues de Dublin !

Musicien de rue à Dublin en Irlande

Aujourd’hui, le temps s’est arrêté pour moi sur Henry Street, alors que toute légère, je me réjouissais déjà de remettre les pieds à la Poste Centrale de Dublin pour y poster un courrier à destination de l’Italie.

En ce cinquième jour après déconfinement COVID-19 ici en Irlande, je marchais d’un bon pas, pensant déjà à l’étape d’après Poste. J’irais sans doute faire mes emplettes alimentaires à la boutique asiatique et au petit Centra près de chez moi, plutôt que dans les grandes enseignes où les files d’attente qui s’étiraient dans la rue me rebutaient déjà.

J’entamais donc Henry Street, celle qui était encore il y a près de trois mois la plus grosse artère commerçante de Dublin. L’une de celles où l’on croisait aussi tous les cent mètres, un musicien de rue, un « busker » comme on les appelle ici. Tradition dans ce pays, et à Dublin, où la musique live a une place de choix.

Un busker justement, j’en entendis un d’abord de loin, et le sourire me vint immédiatement aux oreilles (oui, les oreilles peuvent sourire ! 😉) alors que je marchais en sa direction. Bien visible au soleil avec ses cheveux de blé,

le Petit Prince à la tête d’ange, assis sur sa planète qui amplifiait voix et guitare, réjouissait la rose que nous étions, nous-autres passants.

Je voyais sur les visages que les gens étaient ravis de retrouver de la musique dans ces rues dublinoises bien tristounettes de ces dernières semaines COVID-19. C’était un habitué de l’emplacement, à l’extérieur de l’Ilac Shopping centre, à l’intersection de Liffey street. Mais comme tous ses potes zicos, il avait disparu du paysage du centre-ville de Dublin depuis le 13 mars.

Alors c’était bon de le revoir là, et j’avais sorti ma pièce, prête à lui dire un petit mot de remerciement en passant devant lui. Sauf qu’il s’était arrêté de jouer quand j’étais encore à une vingtaine de mètres de lui et qu’il reprit une fois que je l’avais dépassé. Pas grave, je continuai ma route, toujours souriante du baume au cœur que m’avait procuré cette rencontre inattendue.

Souvent, je me demande s’ils savent, ces buskers, comme ils rendent les journées plus belles et plus légères pour des centaines de gens, chaque heure qu’ils passent dans le froid, le vent, ou sous le soleil comme aujourd’hui, à chanter et jouer dans les rues de Dublin dont ils sont aussi l’âme.

J’avais tout juste perdu le Petit Prince de mes esgourdes que, mes pieds se dirigeant toujours à bonne allure vers la GPO (pour « General Post Office »), je fus interpelée par un autre busker au loin, au chant si particulier des chanteurs irlandais : nasillard avec un vibrato dans la voix, tel un sanglot. J’avançais, je le cherchais du regard et alors que la « foule » était relativement éparse dans cette large rue piétonne, tout ce que je voyais devant moi, c’était une vingtaine de personne qui faisaient la queue à l’extérieur le long de Dunnes Stores. Je suivis alors les visages tournés des gens qui patientaient dans cette file, visages tournés vers leur gauche. Ca y est ! Je l’avais ! Là, assis face à eux, de l’autre côté de la rue, dans l’ombre et devant un rideau de fer inhabituellement baissé, près d’Arnotts, il était là avec sa gratte, son étui au sol, son ampli et son micro.

J’étais encore trop loin pour distinguer l’air qu’il chantait mais les vibrations de sa voix m’atteignaient déjà le cœur. Je marchais d’un bon train, toujours, juste ravie de découvrir cet autre musicien du jour dans Henry Street. Deux en quelques minutes, c’était plus que ce que j’avais entendu en deux mois et demi de confinement, et ce cadeau-surprise me ravissait !

Et puis, quand mes pas m’ont menée suffisamment près de lui pour que mes oreilles puissent apprécier pleinement ce qu’elles entendaient, je me suis stoppée nette, une dizaine de mètres avant d’arriver à sa hauteur, submergée que j’étais par l’émotion que cette musique live et que ce chanteur me procuraient. Il faut dire qu’il avait entamé un air qui m’émeut toujours, celui que j’avais choisi pour clôturer mon film d’archives personnelles que j’avais fait lorsque j’avais quitté l’Irlande il y a quelques années. Il s’agit de « The town I loved so well » (je vous ai mis ma version préférée ainsi que les paroles en bas de cet article 😊 ). C’est, comme souvent dans les ballades irlandaises, le chant d’amour d’un Irlandais pour sa terre natale qu’il a quittée. Et même si dans la chanson il s’agit de Derry, pour moi, « the Town I loved so well » a toujours fait écho à l’Irlande, et à Dublin, auxquelles je suis profondément attachée.

Après quelques années loin d’elles, j’y suis d’ailleurs revenue. Et si mes racines sont en France, mon cœur, lui, a posé ses valises en Irlande il y a bientôt deux décennies. Et il y bat toujours aussi fort.

Et face à ce busker aujourd’hui, paralysée par l’émotion, les larmes qui roulaient derrière mes lunettes de soleil et le sourire accroché aux oreilles, dans ma tête je chantais « There was music there in the Dublin air ( “Derry air” dans la version originale 😉) like a language that we could all understand ». J’étais là, comme une conne, levant les yeux au ciel bleu et aux bâtiments en briquettess oranges, face au Spire, heureuse de retrouver l’âme de ma ville de cœur qui m’avait tant manqué ces dernières semaines.

Chanson finie, quelques applaudissements. C’est à lui donc, que je suis allée donner ma pièce.

– Merci, c’est chouette de te revoir. Tu m’as fait pleurer… Merci encore.

Les « shoppeurs » de la file de Dunnes lui lancent quelques bons mots.

– T’as l’air d’un putain de fantôme dans les rues ces temps-ci !

– Ca faisait plus de deux mois et demi que je n’étais pas venu par ici, ç’a bien changé !…

Je continuai ma route en entendant tous ces Dublinois interagir et rire entre eux autour de ce chanteur, et je savais que même un méchant virus ne viendrait jamais à bout de ce qui fait que j’aime Dublin, et l’Irlande.

« Quand les temps étaient durs, il y avait juste ce qu’il fallait, mais ils les ont traversés sans se plaindre parce qu’au plus profond brûlait la fierté dans le village que j’aimais temps ». (traduction libre d’un extrait de “The Town I loved so well”)


Comme promis, voici ma version préférée de “The Town I loved so well” 🙂 , chanson écrite et composée par Phil Coulter et souvent interprétée par des petits jeunes pas très connus: The Dubliners. 😉 Phil Coulter est un homme emblématique et indissociable de la musique irlandaise contemporaine, auteur, compositeur, interprète et producteur, c’est notamment à lui qu’on doit l’hymne de l’équipe nationale irlandaise de rugby “Ireland’s call”.

The Town I loved So Well – paroles :

In my memory I will always see
The town that I have loved so well
Where our school played ball by the gas yard wall
And we laughed through the smoke and the smell
Going home in the rain, running up the dark lane,
Past ther gaol (jail) and down behind the fountain,
Those were happy days in so many, many ways
In the town I loved so well.In the early morning, the shirt factory horn
Callde women from Creggan, the moor and the bog
While their men on the dole played a mother’s role
Fed the children and then trained the dogs.
And when times got tough, there was just about enough
But they saw it through without complaining
For deep inside was a burning pride
In the town I loved so wellThere was music there in the Derry air
Like a language that we all could understand
I remember the day when I earned my first pay
When I played in a small pick-up band
There I spent my youth and to tell you the truth
I was sad to leave it all behind me
For I learned about life and I found a wife
In the town I loved so well
But when I returned how my eyes have burned
To see how a town could be brought to its knees
By the armoured cars and the bombed out bars
And the gas that hangs on to every breeze
Now the army’s installed by the old gas yard wall
And the damded barbed wire gets higher and higher
With their tanks and their guns oh my God what have they done
To the town I loved so well
Now the music’s gone but they carry on
For their spirit’s been bruised, never broken
They will not forget but their hearts are set
On tomorrow and peace once again.
For what’s done is done and what’s won is won
And what’s lost is lost and gone forever
I can only pray for a bright, brand new day
In the town I loved so well

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Posted in L'Irlande au quotidien, Musique

6 Comments

  1. whynotmarion

    Merci de partager ce moment de vie quotidienne en Irlande. Lorsque j’étais en Erasmus à Dublin, j’adorais m’arrêter sur mon chemin écouter un musicien.
    En attendant de retourner en Irlande, je regarde souvent la chaine Dublin City Today sur Youtube qui filme leurs prestations.
    Merci Aurélie.

    • Aurélie Gohaud

      Merci Marion pour votre message! Et oui, maintenant, grâce à internet, on peut voyager quand on veut, depuis chez soi. 🙂 Si vous ne l’avez pas vue déjà, j’ai justement créé une page Médias Irlandais avec des liens vers les chaînes TV et les radios nationales et locales qu’on peut écouter en direct, n’importe où. Ca peut aussi vous aider à retrouver l’ambiance de votre année Erasmus. 😉

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