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Le pèlerinage de Croagh Patrick dans le comté de Mayo

Pèlerinage de Croagh Patrick, comté de Mayo Irlande

Le pèlerinage de Croagh Patrick a lieu tous les ans, le troisième Dimanche de juillet. Croagh Patrick est un mont situé près de Westport dans le comté de Mayo, dans l’ouest de l’Irlande. Comme son nom le laisse percevoir, son histoire est liée au saint patron de l’Irlande, Saint Patrick. Et l’évènement est à l’origine un hommage à celui qui a christianisé l’Irlande.

Cet évènement incontournable des étés irlandais, aussi appelé Reek Sunday, rassemble chaque année des milliers de personnes. Il a aussi sans nul doute contribué au fil du temps à lier de manière très étroite les identités irlandaises et catholiques.

J’ai eu l’occasion d’y participer deux fois, je vous en parle plus bas. 😊

J’ai organisé cet article de la manière suivante. Vous pouvez le lire en entier bien entendu, mais vous pouvez aussi choisir de lire les sections qui vous intéressent. Pour se faire, il vous suffit de cliquer sur les titres ci-dessous :

Situation géographique (et météorologique)

Croagh Patrick se situe dans le comté de Mayo, à 8 kilomètres du town de Westport. Westport, c’est la « ville » du comté, même si vous y trouverez plus de tracteurs que de cravates. Le comté de Mayo est effectivement très rural, comme la majeure partie de l’Irlande, notamment l’ouest de l’île. Du haut de ses 764 mètres, Croagh Patrick domine Clew Bay, la baie aux centaines d’îles et îlots. On dit qu’il y en a une par jour de l’année !

Carte Croagh Patrick Irlande

Croagh Patrick tire son nom du gaélique qui signifie la Montagne de Saint-Patrick.

L’endroit est populaire pour les randonneurs tout au long de l’année. Ne vous fiez pas à sa basse altitude : les conditions là-haut sont parfois dignes de la haute montagne ! Ce n’est d’ailleurs pas pour rien qu’on parle souvent de cette ascension comme l’une des plus dangereuses d’Irlande (si le temps n’est pas de la partie). On part quasiment du niveau de la mer sous le soleil, et on arrive dans la purée de pois à ne pas voir où vous mettez les pieds, sans compter vent, grêle et autres amis du ciel qui sont souvent au rendez-vous, même un troisième week-end de juillet !

Le sentier est abrupt et très rocailleux, surtout le dernier tronçon. On monte d’abord sur un large chemin caillouteux, très évident. La montée se fait sur des grosses pierres qui roulent, on finit par un pierrier très raide avant d’atteindre le sommet. Au sommet, parfois un mouton égaré, un site ancien lié à Saint Patrick (je vous en parle plus bas), et une église plantée sur une plateforme naturelle un peu arrondie qui offre une superbe vue sur Clew Bay… si vous faites partie des chanceux à avoir un temps dégagé au sommet ! 😉

Pour un autre article sur le comté de Mayo (riche en histoire !), vous pouvez lire mon article sur Grace O’Malley, une fascinante femme pirate de Clew Bay !

Les origines du pèlerinage de Croagh Patrick

Un lieu de culte bien avant Saint Patrick

Il faut d’abord comprendre l’histoire du lieu, de ce mont qui a une importance si particulière dans l’héritage et la culture irlandaise. Avant d’être lié à Saint Patrick, il semble que Croagh Patrick était déjà un site dédié au culte, et certains l’associent au culte du dieu du soleil celte, Lu. Des études archéologiques ont montré qu’effectivement la montagne et les environs étaient déjà honorés avant la christianisation. Certains pensent qu’il y aurait même sans doute eu une route reliant The Hill of Tara, un site préhistorique dans le comté de Meath, à Croagh Patrick. Cela daterait de l’âge de bronze. Dans tous les cas, Croagh Patrick semble avoir été le centre de croyances et pratiques religieuses depuis les premiers arrivant dans Clew Bay, vers l’ère du Néolithique. (source : Prehistoric Pilgrimage to Croagh Patrick de Chris Corlett).

Quant au pèlerinage, l’évènement coïncide aussi avec une grande fête païenne ancestrale datant de siècles longtemps avant l’évangélisation de l’île. En effet la fête de Lughnasa célèbrait une déesse et l’époque des récoltes, et était célébrée sur et autour du mont.

Saint Patrick et Croagh Patrick

Comme beaucoup de légendes liées à l’Irlande, la légende de Saint-Patrick sur Croagh Patrick est documentée et racontée dans le livre d’Armagh, un manuscrit datant du IXème siècle et conservé à Trinity College, à Dublin. La légende raconte que Saint Patrick se serait rendu sur la montagne pour convertir un roi celte. Il y aurait combattu et vaincu la mère du roi, considérée comme un démon, avant de la jeter dans le lac du nom de Lough Derg. Ce lac fait d’ailleurs l’objet d’un autre pèlerinage en Irlande. Il aurait ensuite jeûné au sommet de la colline pendant 40 jours. Au sommet aujourd’hui, une plateforme rectangulaire en pierre avec une plaque, qu’on attribue au « lit de Saint-Patrick », où il y aurait dormi pendant son jeûn.

Lit de Saint Patrick Croagh Patrick Irlande

Les archéologues et historiens pensent que pour que Patrick s’y rende, il avait déjà sans doute connaissance de l’importance spirituelle de cette montagne pour les habitants de l’époque.

Le pèlerinage aujourd’hui

Si l’on sait que l’ascension de la « Montagne Sainte de l’Irlande » en hommage à Saint Patrick est ancienne, le pèlerinage dans sa forme moderne est apparu au début du XXème siècle avec le Renouveau Celtique et l’intérêt des Irlandais pour leur passé, en lien avec le nationalisme et la mise en place de l’Etat irlandais et de l’indépendance de l’Irlande vis-à-vis de l’Angleterre. C’est d’ailleurs à cette époque qu’a été construite la petite église en haut de la montagne, en 1905, par une poignée de locaux.

La plupart des gens avec qui vous pourrez parler aujourd’hui, et qui participent au pèlerinage de Croagh Patrick, ou même les simples randonneurs qui le montent le reste de l’année, vous diront qu’ils ont le sentiment que ce lieu a toujours fait partie de la culture irlandaise. D’ailleurs, grimper Croagh Patrick à n’importe quel moment de l’année est toujours pour les Irlandais une sorte de pèlerinage en soi, une connexion spirituelle à la terre et à leurs ancêtres. Quelque chose que chaque irlandais veut faire une fois dans sa vie. C’est un peu comme la Mecque des Irlandais 😉. On ne monte pas Croagh Patrick comme on randonne ailleurs sur l’île. C’est un site ancien, sacré et important, aujourd’hui encore. Et un lieu fort et identitaire du catholicisme irlandais. Et le pèlerinage de juillet en est son paroxysme, là où ce lieu prend tout son sens.

Jusqu’au début des années 70, le pèlerinage était organisé de nuit, avec des messes nocturnes. Mais après de nombreux accidents, cela a été jugé trop dangereux et en 1974, la marche a commencé à se faire de jour uniquement. L’évènement a regroupé depuis chaque année jusqu’à 20 000 personnes ! Certains montent encore de nuit, surtout pour pouvoir assister au lever du jour depuis le sommet. Les blessures et interventions des secours le long du sentier ne sont pas rares aujourd’hui encore, environs une vingtaine dans la journée chaque année.

L’ascension classique débute au pied du mont, et le jour J, des messes sont célébrées à la chapelle du sommet toutes les heures. Messe à laquelle participent la plupart des pèlerins. Si le pèlerinage officiel se déroule le troisième Dimanche de Juillet, les célébrations débutent quelques jours avant et la population locale a coutume de grimper Croagh Patrick le Vendredi précédent l’afflux de marcheurs.

Pour en savoir plus sur Croagh Patrick et son histoire, vous pouvez visiter le site officiel du Comté de Mayo (en Anglais) en cliquant ici.

Mon expérience du Reek Sunday

« The Reek », c’est le surnom local de Croagh Patrick. Terme anglais irlandisé signifiant « tas », « monticule ». Un grand cairn en quelque sorte ! 😊

Ma première expérience du Reek Sunday comme on appelle communément ce rituel dédié à Saint Patrick, eût lieu dans un contexte auquel je ne m’attendais pas. En effet, je travaillais à l’époque pour un tour operateur irlandais spécialisé dans le tourisme lent, et ma présence avait été requise en ce week-end de juillet pour promouvoir l’activité de l’entreprise sur place. Même si j’avais déjà « gravi » le mont dominant la baie de Westport, c’était la première fois que je m’y rendais pour le pèlerinage de juillet. Le temps était irlandais : averses et éclaircies se bataillant les faveurs du ciel.

Ce qui m’avait de suite frappée en arrivant à Westport pour le weekend, c’était la foule, venue des quatre coins de l’île. Au pub bien sûr, mais aussi dans les rues, et encore plus le Dimanche, dès l’aube ! Le public n’avait pas vraiment l’attirail du randonneur suréquipé. Non. Là, je voyais des familles entières, des enfants, mais aussi des personnes âgées, des ados, des jeunes couples, des groupes d’amis. Et je les voyais arriver pour la plupart avec des petites chaussures genre Converse, ou des bottes de pluie (il y a aussi ceux qui le grimpent pieds nus !), et un maigre coupe-vent. Nul doute que la plupart de ces gens n’avaient soit jamais monté Croagh Patrick (je conseille de vraies chaussures de rando pour le monter 😉), ou n’étaient simplement pas des randonneurs dans l’âme et que leur motivation était autre que le défi physique !

J’ai pu parler à beaucoup de gens ce jour-là (j’étais là pour ça 😉), et la plupart des pèlerins étaient tout de même là pour l’aspect religieux, en espérant pouvoir assister à la messe une fois au sommet (qui ne peut bien évidemment accueillir tout le monde à l’intérieur). Certains avaient fait le voyage parfois de très loin sur l’île, si ce n’est par conviction purement religieuse, au moins pour une raison spirituelle, en mémoire d’un défunt, ou après une maladie par exemple. Beaucoup n’en étaient pas à leur première édition cependant.

L’ambiance était très conviviale et l’aspect d’expérience collective évidente. Au pied de Croagh Patrick, des stands d’objets religieux mais aussi petits encas, thé ou café, et des rencontres entre visiteurs. Si la tenue de randonnée ne semble pas être primordiale lors de cette ascension estivale, le bâton en bois, artisanal, acheté sur place avant de monter semble être un indispensable ! 😉

Par contre, pour moi qui aime le silence et la liberté des grands espaces irlandais, quand je me suis rendue compte du trafic de visiteurs que représentait le pèlerinage de Croagh Patrick, qui n’a jamais désempli jusqu’à la fin de l’après-midi, il était évident que je ne montrais pas ce jour-là ! Les gens étaient littéralement au coude a coude, des bouchons de marcheurs, petits points bleus, rouges et noirs qui s’entassaient tout du long du chemin que j’apercevais distinctement jusqu’à la base du pierrier.

Même si je comprenais la démarche personnelle évidente de chacun de ces gens, c’aurait été trop éprouvant pour moi de monter Croagh Patrick ce jour-là.

Ce que je peux vous dire cependant, c’est que j’ai grimpé Croagh Patrick plusieurs fois à différentes saisons, au printemps, en automne, ou en hiver. Et qu’à chaque fois, j’ai rencontré des Irlandais chaussés de petites chaussures genre Converse ou bottes de pluie, qui tous venaient ici comme pour un pèlerinage, pour la première ou dixième fois, locaux, de Derry, de Cork ou de Dublin. Il y a même un papy du coin qui le monte tous les jours ! 😉

J’ai eu la chance à chaque fois de pouvoir profiter du sommet quasiment seule. Mais je n’ai jamais eu la chance d’y avoir la superbe vue dégagée ! 😉

Je confirme que cette montagne est particulière en Irlande. Je l’ai toujours abordée avec respect, prête à faire demi-tour d’ailleurs si les conditions n’étaient pas favorables.

Voici une vidéo avec des photos, partagées par la paroisse de Wesport, qui vous donnera un aperçu de ce à quoi ressemble l’ascension lors du Reek Sunday 😉 :

Le saviez-vous ?

Covid-19 et le pèlerinage

En 2020, dû à la situation exceptionnelle générée par la pandémie du COVID-19, les organisateurs ont décidé d’annuler l’évènement et ce, dès le mois de Mai. Quelques centaines de personnes se sont tout de même rendu sur place pour effectuer le pèlerinage et l’ascencion de la Sainte Montagne d’Irlande.

Une messe diffusée en streaming a cependant été célébrée le Dimanche, dans le village de Wesport, à destination de tous ceux qui souhaitaient se rendre sur le sanctuaire au sommet de Croagh Patrick.

C’est la deuxième fois depuis 1904 que le pèlerinage n’a pas lieu, la première annulation datant de 2015. Cette année-là, c’est une tempête qui était à l’origine de l’annulation de l’évènement (et oui ! Même fin juillet ! 😉 ).

Ile de John Lennon dans la baie de Croagh Patrick

Elle s’appelle Dorinish, rebaptisée localement « l’île des hippies » ou « l’île des Beatles ». 😉 John Lennon l’a acquise en 1967, c’était une île inhabitée de Clew Bay. Il avait eu l’autorisation d’y construire un cottage mais ça ne s’est jamais fait. Il a à la place loué l’île où une communauté de hippies s’y était établie.

Le pèlerinage de Compostelle et l’Irlande

De Compostelle, certains connaissent le chemin appelé « Chemin Français », le plus populaire, celui qui part de Saint-Jean Pied-de-Port, traverse les Pyrénées, passe par Pamplune puis traverse les plaines du Nord de l’Espagne pour rejoindre la Galice, et la ville de Saint Jacques de Compostelle. Ce qu’on sait peut-être moins, c’est que cette route de tradition médiévale était en fait empruntée de tous les coins de l’Europe, de la Pologne, de l’Allemagne, ou même de l’Irlande, pour converger vers un seul et même point, en Espagne.

En Anglais, Jacques se dit “James”. En Irlande, il est un lieu où James est célèbre. La Saint James’s Gate, à Dublin, à l’endroit même où la fameuse Guinness est brassée depuis 1759 ! C’est donc de là, et de l’église du même nom, que partaient traditionnellement les pèlerins catholiques Irlandais en route pour Compostelle, et ce depuis le XIIIème siècle !


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