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Une soirée au Jim O’The Mills, comté de Tipperary

Pintes de Guinness, soirée au pub, Irlande

Je partage ici des mots écrits au lendemain d’une soirée, dans un pub du comté de Tipperary, dans le « centre » rural de l’Irlande, un comté peu fréquenté des touristes si ce n’est pour son Rock of Cashel. Ces mots sont mes seuls souvenirs matérialisés de cette soirée, puisque je n’y avais pas pris de photos (les smartphones n’existaient pas et ce n’était pas un endroit où on sortait l’appareil photo, que je n’avais pas sur moi de toute manière).

Récit d’une soirée au Jim O’The Mills donc, le pub « dans les montagnes » de Tipperary.


« Oh ! Gosh !

De retour à la maison, à Dublin… C’était il y a 24 heures à peine, et je n’ai eu de cesse depuis de vouloir mettre par écrit cette soirée d’hier ! Pour me souvenir… De ce dont je me souviens en tout cas ! Parce que ce que j’ai vécu hier, c’est rare, c’est exceptionnel, je le sais. Oh ! Pas que des sessions de musique traditionnelle, au pub, soient rares en Irlande, non ! Mais la particularité de celle-ci, c’est son lieu. Un endroit comme je n’en ai jamais vu encore en Irlande ! J’en ai déjà écumés quelques dizaines de pubs, à Dublin bien sûr mais aussi dans les campagnes du pays. Des sessions trad’, j’en ai vues aussi. Même à Thurles, où quand j’y vivais, j’allais de temps en temps au Monks, seul pub du blède qui offre, une fois par semaine, le Mercredi, des sessions de musique live traditionnelle.

Cela faisait bien longtemps que Liam me promettait qu’il m’emmènerait un jour au Jim O’The Mills, un pub « dans les montagnes », réputé selon lui au-delà des frontières du comté de Tipperary, pour y assister à un live de musique traditionnelle irlandaise. Mais à chaque fois, Liam terminait sa promesse en ajoutant :

– Il faudra que tu viennes un Jeudi, parce que ce n’est que le Jeudi.

En règle générale, quand je descends rendre visite à Liam et Ellen, je descends en train, depuis Dublin, le Vendredi soir. Alors les années passaient, et à chaque fois que je descendais, qu’on allait au pub ensemble, à un moment (plus ou moins alcoolisé) dans la soirée, Liam me parlait du Jim O’The Mills dans les montagnes, qu’il m’emmènerait un jour, sans jamais m’en dire beaucoup plus que son nom en réalité. J’avais fini par presque le fantasmer, ce pub, au fil des années… Je n’allais tout de même pas poser une journée de congé pour aller me faire une soirée au pub, aussi prometteur fusse-t-il !

Bah si ! C’est ce que j’ai fait il y a quelques jours ! Ah ! Ah ! Il me restait deux jours à prendre, que je devais prendre avant la fin du mois, sans quoi ils seraient perdus. Après avoir vu avec Ellen au niveau de leur disponibilité, j’ai donc posé mon Jeudi, et mon Vendredi, dans un seul et unique but : pouvoir enfin aller passer une soirée au Jim O’The Mills avec eux ! C’était aussi l’occasion de leur rendre visite bien sûr, parce que ça faisait un moment que je ne les avais pas vus.

Il pleuvait quand je suis descendue du train, en fin d’après-midi. Et en janvier, vers 17h, il fait déjà nuit. Thé et dîner m’attendaient, et j’étais ensuite presqu’en train de m’assoupir de digestion près de la cheminée, lorsqu’Ellen m’a demandée si j’étais prête. Prête ? Mais ça fait des années que j’y suis ! Evidemment que je suis prête !

Les essuie-glaces battaient le pare-brise quand on a pris la route, et je serais incapable de dire par où nous sommes passés, ni dans quelle direction nous sommes partis. J’ai juste eu l’impression que très vite, nous nous enfoncions dans la campagne, et surtout, au bout d’un moment, que ça montait et que ça virageait grave ! Je ne pensais même pas au trajet retour, j’étais juste excitée comme une môme à l’idée de découvrir cet endroit !

On est finalement arrivé devant ce qui me semblait être un vieux bâtiment de ferme rénové, un long cottage à étage, blanc je crois, avec des petites fenêtres à carreaux. Un parking gravillonné pour nous accueillir. Pas d’enseigne, pas de nom de pub, je ne crois même pas avoir vu de badge Guinness boulonné au mur à l’extérieur ! Clairement, depuis dehors, certes de nuit et sous la pluie, ça ne ressemblait visuellement guère à un pub ! Il y avait tout de même de la lumière, ça sentait bon la tourbe, et on entendait déjà un peu du brouhaha et des rires à l’intérieur !

Ellen est entrée la première, et Liam fermait la marche : j’avais mon escorte de premier choix. Ce que j’adore quand j’entre pour la première fois dans un pub que je ne connais pas, c’est que j’ai toujours l’impression d’ouvrir une pochette surprise : décor, agencement et populace insoupçonnable du dehors. En journée encore plus qu’en soirée, parce qu’en soirée, on entend souvent de l’extérieur s’il s’agit d’un pub animé ou d’un pub un peu plus calme. Cette fois-ci, côté visuel et populace, la surprise était belle et bien là !

Je me souviens de l’escalier rouge face à nous en rentrant, et de la pièce, directement sur notre droite. Le comptoir, juste là derrière la cloison, côté façade du bâtiment. L’immense cheminée à foyer ouvert aussi, source de la bonne odeur de tourbe. Et des chaises et tabourets disposés tout autour, le long des murs de cette pièce rectangulaire aux murs blancs, petite, vide de table mais pleine de vie. Il y avait peut-être une vingtaine de personnes déjà installés, une moyenne d’âge bien grisonnante mais il y avait aussi des quarantenaires, un zeste de trentenaires, et même une ou deux têtes plus proches de mon âge. Il n’était pas 21 heures, la session n’avait pas encore commencé, mais déjà deux musiciens étaient en place et bavardaient entre eux près de la cheminée. Guitare, banjo, accordéon, bodhran et fiddle (violon joué à l’irlandaise). La soirée s’annonçait bien !

Quelques bibelots et de vieux outils ici ou là sur les murs, une croix chrétienne aussi, de vieux hurleys (Tipperary oblige !) et de vieilles photos que je ne distinguais pas, plein, épinglées en vrac au-dessus de la cheminée, et que la chaleur du feu et des hommes avait fait gondoler au fil des années. Liam a pris commande, pendant qu’Ellen et moi allions nous installées dans un coin où nous attendaient trois sièges sommaires, une chaise à barreaux, type vieille chaise de cuisine en bois et deux tabourets. L’endroit était rempli de brouhaha, pourtant nous n’étions pas nombreux, mais déjà ça riait et papotait bien, sans bruit de fond. C’était bizarre cet endroit, ça ressemblait plus à une maison qu’à un pub. Et puis l’endroit s’est rempli un peu plus, mais finalement je ne sais pas si nous étions 40 en tout ce soir-là dans ce pub-mono-pièce, même à l’heure où je voyais double ! Et puis la session à commencer, 4 hommes pour nous faire tapoter des pieds, installés en collé-serré sur un côté de la cheminée. Le fiddle entraînant est parti, accompagné du banjo. La soirée était lancée ! C’était bizarre cette disposition de pub, avec tout le monde assis en cercle, le long des murs, et sans table. Par endroit il y avait deux rangées de chaises ou tabourets, une sorte de bordel joyeusement organisé, et dans la soirée il y avait aussi des fois une ou deux personnes debout dans les escaliers, à écouter, pinte en main, la musique qui remplissait la pièce.

La première tournée de nos Guinness approchant de la limite respectable pour passer un deuxième round, je me lève pour aller commander. Liam a juste le temps de me demander discrètement si j’ai du cash sur moi.

– Oui, oui !

– Il n’y a pas de carte ici, on paie en espèces.

Ah. Bon, de toute façon, dans ce pays, j’ai pris l’habitude de payer en espèces dès que je vais au pub, alors j’avais retiré ce qu’il fallait en prévision de la soirée, avant de monter dans le train, à Dublin.

Il n’y a que de la Guinness comme choix en pression au comptoir. Même pas de blonde, juste de la Guinness. Sinon, des bouteilles de whiskey et de gin derrière, sur les étagères. Pour ça, on verra plus tard me dis-je.

Et puis, l’ambiance est montée crescendo au fur et à mesure de la soirée, et une fois encore, je remerciais qui voulait bien l’entendre, petits êtres ou bonnes étoiles, de me faire vivre ces instants-là, ceux dont je rêvais il y a encore quelques années, depuis ma chambre de lycéenne. D’autant plus lorsque j’ai compris, en parlant avec l’un des messieurs grisonnants de la populace, que ce pub n’était en fait ouvert que le jeudi soir ! Je veux dire, quand Liam me disait que pour aller au Jim O’The Mills, il fallait y aller le Jeudi soir, je croyais qu’il parlait de la session de musique trad, qui n’avait lieu qu’une fois par semaine, comme dans beaucoup de pubs ! Mais je n’avais jamais compris que ce pub n’était ouvert QUE le Jeudi soir ! Mais enfin ?! Quel pub n’est ouvert qu’un soir par semaine, pardi ?!

– Mais Liam, je n’avais jamais compris que le Jim O’The Mills n’était ouvert qu’un soir par semaine ! C’est dingue ! Ils font comment pour vivre !

– Oui, c’est un pub familial. Ils font ça juste pour le craic (ndlr – expression irlandaise pour le fun, le plaisir).

En écrivant ces mots, le lendemain, je n’en reviens toujours pas, et je ne comprends toujours pas comment un pub comme ça peut fonctionner au XXIème siècle…

La vie des pubs en Irlande vous intéresse ?… Allez lire cet article sur les sujets de conversations à éviter en public en Irlande, notamment au pub.

Mais hier soir, j’ai bien vite arrêté de me poser des questions pour vivre et profiter du moment présent et de cette fabuleuse soirée ! Des rires, de la convivialité, un public attentif, participatif, jovial, qui était clairement là pour la musique et s’amuser. Et on m’a même fait virevolter, faire danser la petite Française qui était là, moi qui danse aussi bien qu’R2-D2 monté sur des skis !

Et puis, le monsieur au fiddle, les épaules larges et les cheveux frisés, à entamé un morceau a capela, que je ne connaissais pas. On aurait entendu une mouche péter, et ça m’a mis les yeux tout humides de Guinness. Et les airs entraînants ont repris dans cette pièce chaleureuse aux allures de maison de grand-mère d’autrefois, et la Guinness a continué à couler (pour moi et Liam, Ellen chargée du volant sur le chemin retour). Jusqu’à l’heure où la Guinness s’est transformée en whiskey pour Liam, et en hot whiskey pour moi (mmm ! Boisson de fin de soirée hivernale que j’adore !).

– Merci Liam ! Merci de m’avoir emmenée ici ! C’est magique cet endroit !

– Je savais que t’aimerais. Oui, c’est un endroit très spécial.

La bonne odeur de tourbe embaumait encore mes narines quand je suis montée dans la voiture. Sur le trajet retour, qui m’a bizarrement paru plus long et plus nauséeux qu’à l’aller, j’étais heureuse d’avoir enfin découvert cet endroit, et d’y avoir passé la soirée en si bonne compagnie, avec Liam et Ellen.

Je reviendrai au Jim’O The Mills, c’est certain ! »


Je ne suis jamais retournée au Jim O’The Mills. J’ai longtemps voulu y retourner, mais vous l’avez compris, pour y aller, quand on n’habite pas à coté, ce n’est pas évident ! Alors je n’ai jamais repris de jour de congés pour y retourner. Plus tard, avec l’expérience, j’ai compris qu’il y a des lieux, des endroits, où il vaut mieux ne pas retourner. Pour les laisser intactes dans nos mémoires, ne pas en froisser leurs souvenirs, et surtout, surtout, ne pas risquer d’être déçu, parce que c’était mieux dans nos souvenirs.

Dans ce sens, je n’ai jamais cherché non plus à en savoir plus sur le Jim O’The Mills. Si j’ai parfois évoqué cette soirée avec des Irlandais à l’occasion, qu’on m’a appris que Jim était le nom du propriétaire, qu’il vivait dans cette maison, et que c’était sans doute lui qui jouait ce soir là au fiddle, je n’ai jamais voulu pousser ma curiosité sur ce lieu si particulier. Comme pour laisser un peu de mystère et garder ce pub comme unique et spécial dans ma mémoire. A ce jour, il l’est toujours d’ailleurs, car je n’ai jamais retrouvé de pub de la sorte en Irlande, même s’il en existe certainement encore ici ou là bien perdus dans les campagnes de l’île.

Si vous connaissez le Jim O’The Mills, ou avez vécu des expériences de pubs similaires en Irlande, partagez en commentaires ci-dessous! (mais n’en dévoilez pas trop, hein! Gardons une part de mystère! 😉 )

Et si cet article vous a plu, le livre numérique de 30 pages que j’ai écrit devrait vous plaire… Il est offert quand vous me rejoignez dans la newsletter, faites-vous plaisir! 😉

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Posted in Idées Voyage et week-ends en Irlande, récits, La vie en Irlande, Musique, Notre vie en Irlande

2 Comments

  1. Angellinelit

    Ton article nous donné l’impression d’y être vraiment. J’espère pouvoir réaliser mon voyage en Irlande, c’est un rêve et je suis tellement attiré par ce pays.

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