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[Portrait] Gerald, gardien de phare – Comté de Cork

Gerald Butler gardien de phare irlandais

Un comté, Cork. Un phare. Et son gardien. C’est mon rendez-vous du jour, pour cette nouvelle interview de mon Tour d’Irlande que je suis tellement heureuse de pouvoir reprendre !

L’Irlande étant une île, parler des phares dans ce projet était une idée qui me trottait en tête depuis quelques mois déjà. Mais interviewer un gardien de phare irlandais, je n’y rêvais même pas ! Et pourtant…

J’ai rendez-vous avec Gerald, que j’ai eu au téléphone la veille pour finaliser notre entrevue. Gerald est le gardien du phare de Galley Head, petite péninsule à environs 1h30 de route à l’ouest de la ville de Cork. Le phare de Galley Head est toujours en activité, mais pas accessible librement, ni ouvert pour les visites. Alors y a voir accès, et écouter les histoires de cet homme qui a servi dans quasiment tous les phares d’Irlande… Un rêve pour moi, cette rencontre !

Gerald m’a mis des étoiles plein les yeux pendant les longues heures passées ensemble, sur le site de Galley Head. C’est avec grand plaisir donc que je me fais messagère pour vous transmettre ces étoiles, et une part de cet héritage irlandais.

Allez ! Suivez-moi à la rencontre de l’un des derniers gardiens de phare d’Irlande !

Gardien du phare de Galley Head Irlande

En route vers le phare de Galley Head (comté de Cork)

J’ai roulé avec les lunettes de soleil sur le nez pendant tout le trajet. Mais les nuages noirs sont arrivés m’accueillir une fois avoir passé Cork, comme pour me dissuader d’aller plus loin. Raté. Arrivée à Clonakilty, les essuie-glaces sont en marche depuis quelques minutes déjà. Je bifurque vers le sud, une petite route qui monte et rétrécit à travers les premiers corps de ferme. Ça sent la vache, une odeur qui m’avait tant manqué, enfermée tous ces mois covidiens dans le béton dublinois. J’ouvre la fenêtre, malgré la pluie, pour mieux respirer la campagne irlandaise. Je passe une route surélevée qui longe la mer, toute droite comme si elle avait été tracée à la règle, seule trace humaine dans cet écrin de vert, de gris, de brun, de jaune du décor que je traverse. Ça sent la mer désormais. Et ça monte, ça descend, ça virage. Je traverse les collines tachetées des ajoncs dorés et les prairies aux belles nuances de vert, et puis d’un coup, au sommet d’une petite route bordée de murets en pierre, je l’aperçois, là-bas, au loin : le phare de Galley Head ! Perché sur sa petite péninsule doucement bombée, entourée du gris de l’océan, un ensemble de bâtiments blancs clôturés de murs de la même couleur, en bord de falaises, et les terres vertes entre lui et moi.

Péninsule Galley Head Irlande
(photo prise le lendemain de l’interview)

L’émotion monte et quelques gouttes de pluie traversent le pare-brise pour venir rouler sur ma joue droite. A quelques reprises, la route se jette dans la mer. Finalement, après quelques 90 degrés à droite et à gauche, les ruines d’une forteresse m’accueillent au bout du monde. C’est Galley Head. Mais une barrière de ferme cadenassée m’empêche d’aller plus loin. Je le savais, Gerald m’avait prévenue au téléphone la veille :

– Tu ne pourras pas accéder au phare, je t’ouvrirai la barrière !

Gerald, justement, arrive en voiture quelques secondes après moi. Un homme aux cheveux aussi blancs que ses yeux sont bleus descend de voiture.

– Je vais t’ouvrir. Il y aura deux autres barrières que j’ouvrirai avant d’arriver au phare. Avance jusqu’à la prochaine !

Gerald ouvre cette première porte et ma voiture s’engage dans un chemin qui traverse des prés et long d’une demi mille, bordé de hauts murs en pierres. La petite route monte, et devant moi se rapproche le phare blanc auréolé d’une galerie rouge. Et plus il se rapproche, et plus je souris, et plus je me sens privilégiée. Surtout lorsque Gerald descend de voiture derrière moi à deux autres reprises, pour m’ouvrir ces sésames de ce qui semble une forteresse bien gardée.

– Avance tout droit, et fais le tour jusqu’au pied du phare ! me lance-t-il en ouvrant le dernier rempart.

Je gare la voiture au pied du phare. Ouah ! Le site est splendide, en haut de falaises et ce, même si le corps de bâtiments et les murs qui entourent la tour m’empêchent d’avoir une vue à 360 degrés.

Il pleut toujours un peu. Gérald est venu avec sa compagne, Meria.

– Allons au chaud à l’intérieur, me fait-il en désignant le grand bâtiment blanc, on montera au phare plus tard !

Le bâtiment au plancher impeccablement entretenu est en fait une maison, deux même. Les maisons des gardiens du phare. Un bâtiment à étage, où on peut rentrer par la cuisine en faisant le tour par derrière. A côté le salon, plus loin l’escalier qui mène aux chambres du haut. Et les grandes fenêtres peintes en blanc, à carreaux, qui ne cesseront d’attirer mon regard tout le temps que nous passerons à l’intérieur à papoter.

Gerald et moi nous installons d’abord dans le salon pendant que j’entends Meria s’activer dans la cuisine. Installée sur l’un des fauteuils, j’ai une carte postale face à moi. Assise face à la fenêtre, Gerald me fait face sur le canapé. Derrière lui, parfaitement encadré de petits carreaux blancs, se dresse le phare de Galley Head dans son intégralité, à quelques mètres de là. C’est dans ce décor qui pourrait être un tableau de Van Gogh que je commence à écouter l’univers fascinant de Gerald et des phares irlandais.

Phare de Galley Head Irlande

Une famille de gardiens de phare

Nous sommes à peine entrés que déjà j’apprends que c’est là où a grandi Gerald et qu’il m’accueille d’un « bienvenue chez moi ! » en ouvrant la porte qui donne directement sur la cuisine. C’est donc tout naturellement qu’une fois assise, c’est la première question que j’ai posée à Gerald, celle de l’histoire de sa famille.

Né en 1950 à Castletownbere sur la péninsule de Beara dans l’Ouest du Comté de Cork, Gerald a grandi dans différents phares de l’île, une partie de son enfance passée dans un Gaeltacht d’alors du comté de Waterford. Mais c’est bien à Galley Head qu’il a vécu le plus longtemps, par deux épisodes, et c’est Galley Head qu’il considère comme chez lui depuis toujours. Là où ses parents ont jeté l’ancre et vieilli, là où ses frères et sœurs ont grandi. La maison familiale en quelque sorte.

Gerald est la troisième génération de gardiens de phare. Le grand-père maternel de Gerald était gardien de phare, tout comme son père, ainsi que sa mère. Car être gardien de phare en Irlande, c’était souvent une histoire de famille. Les familles de gardiens de phare venaient souvent du milieu de la mer, des garde-côtes, ou des pêcheurs.

Quand ses parents se sont mariés, ils ont été envoyés à Castletownbere où la famille a commencé à se former. D’abord un premier fils, puis les jumeaux, Gerald et son frère Edmund. Les jumeaux avaient deux ans lorsqu’ils sont arrivés pour la première fois à Galley Head.

Gerald m’explique que les gardiens de phare restaient rarement plus de cinq ans en poste, principalement pour éviter qu’ils s’accoutument, que leur environnement devienne trop familier car ils devaient toujours être en alerte. Les familles suivaient donc et les enfants étaient scolarisés dans de nouvelles écoles à chaque mutation.

Gerald sur la galerie du phare de Galley Head

Lors de leur arrivée à Galley Head, le père de leur mère y était gardien en chef et vivait dans la maison. Ils ont vécu là quelques années puis son père a été envoyé sur l’île de Ballycotton, à l’Est de Cork. Puis à Dundalk au Nord de Dublin, puis Mine Head près de Dungarvan, dans le comté de Waterford (où l’on parlait irlandais comme langue principale, y compris à l’école). Ils y sont restés jusqu’à ce que le phare soit électrifié, puis son père a été affecté à Galley Head à nouveau, où sa mère fera office de second gardien. C’était en 1965, et Gerald avait 14 ans.

A cette époque, la famille était déjà nombreuse et continuera de s’agrandir, jusqu’ à 15 enfants. Son père demande alors à rester à Galley Head, car la scolarisation des 15 enfants devenait compliquée en changeant d’école si souvent.

Le phare de Galley Head sera électrifié en 1969 (éclairage au gaz puis à l’huile avant ça). Il n’y avait par conséquent plus besoin de deux gardiens. Son père est resté en tant que gardien, mais sur le papier cependant, c’était un peu plus acceptable s’il avait quelqu’un sur place avec lui. Les Comissioners of Irish Lights, l’organisation en charge des phares irlandais, ont donc nommé la mère de Gerald comme gardien de phare intendant.

Son père est resté le gardien de Galley Head jusqu’à sa retraite, puis sa mère a pris le relais. Jusqu’en 1997, date à laquelle Gerald est lui-même devenu le gardien de Galley Head.

Si depuis que les phares sont automatisés, le métier de gardien de phare n’est plus du tout le même et se résume principalement a de l’intendance, Gerald a exercé le métier de gardien de phare à plein temps pendant 21 ans. Aujourd’hui, il est encore gardien de phare intendant, employé par Irish Lights, et l’un des tout derniers en Irlande (il en reste trois sur les côtes de Cork, deux en Irlande du Nord, et un autre sur la côte Est).

Escalier gardien de phare irlandais

Les débuts de Gerald en tant que gardien de phare

Quand je  demande à Gerald s’il a toujours voulu faire ça, sa réponse est sans appel :

– Oui ! Depuis l’âge de 4 ans !

Lui et son frère jumeau ont toujours voulu exercer le métier de gardien, ce qui n’était pas le cas de tous leurs frères.

Ils sont encore dans leurs années « teens » lorsqu’ils se présentent pour passer l’examen et l’entretien auprès de Irish Lights. Je suis surprise d’apprendre qu’il fallait un examen et surtout un entretien d’embauche.

– Oui, même s’ils recrutaient avant tout des gens issus des familles de gardiens de phare, pour l’entretien, ils voulaient surtout s’assurer du mental, et puis aussi être sûr que tu allais rester, car cela coûtait très cher de former un gardien.

Etonnement, j’apprends que son frère n’est resté que 5 ans comme gardien :

– Il avait besoin de bien plus d’interaction sociale que moi. Alors que moi, l’isolement ne me dérangeait pas. J’étais plutôt content d’être tout seul.

J’ai un peu de mal à l’envisager tant l’homme que j’ai face à moi aujourd’hui me paraît aimer la compagnie de ses semblables. Mais je comprends aussi au fil des heures passées à l’écouter, que c’est un homme qui aime l’aventure, au sens téméraire du terme, et que la vie en tant que gardien de phare lui permettait de vivre ça quotidiennement.

Pour devenir gardien, il a aussi passé un examen de natation, parce qu’en travaillant au plus près de la mer, si on tombait, et ça arrivait assez souvent, il fallait savoir se sauver soi-même.

Passé cette première étape, c’était un an de période d’essai avant de devenir gardien de phare pour de bon. Ensuite, les premières années consistaient à aller faire des remplacements et missions de quinze jours, tout en étant basé à Dublin. Pendant 4 ans, Gerald est ainsi allé sur presque tous les phares de l’île et a appris sur chacun d’eux (environs 80 en opération à l’époque, contre une soixantaine aujourd’hui).

En 1973, pour son premier poste fixe, il a été nommé au phare de Bull Island, à l’ouest de la péninsule de Dingle, dans le comté du Kerry. A l’époque, il y avait trois gardiens sur Bull Island, qui se relayaient toutes les 4 heures. Il a aimé ses années passées là-bas pour la vie aventureuse qu’il pouvait y mener : escalade, pêche, natation, plongée. Il y est resté jusqu’en 1978.

Gardien du Fastnet, phare le plus mythique d’Irlande

Fastnet, le nom qui est revenu le plus souvent dans la bouche de Gerald. C’est là où Gerald a demandé à être en poste après Bull Island.

Personnellement, avant de venir vivre en Irlande, je n’avais jamais entendu parler du phare de Fastnet. Mais en Irlande, c’est un phare mythique. De l’ordre du phare de la Jument en France si ça vous dit quelque chose. Un phare que Gerald mentionnera d’ailleurs dans notre conversation.

Le phare de Fastnet est le phare le plus au sud-ouest de l’ile d’Irlande, et son rocher est de ce fait la terre la plus au sud du territoire irlandais. Il se situe à environs 13 kilomètres des côtes du comté de Cork, et a été construit sur un petit rocher (un caillou ?), le Fastnet Rock, en 1904. Sa lanterne se situe à 50 mètres au-dessus du niveau de la mer (celle du phare de Galley Head est légèrement plus haute).

Gerald avait demandé à y aller pour son caractère spectaculaire, dramatique, qu’il voulait expérimenter. Je me dis alors que tous les gardiens de l’époque devaient vouloir y aller.

– Pas du tout, me répond-il, ils le détestaient ! Ce n’était pas confortable, il y a très peu d’espace pour sortir à l’extérieur du phare, et les conditions étaient très dures. Mais c’était très, très, très spectaculaire !

Il ajoutera également :

– Dans le phare de Fastnet, il n’y a pas beaucoup d’espace. Pour moi, ça allait car je suis petit, mais si t’étais grand, ce n’était pas la même chose.

A l’intérieur de la tour, le Fastnet est équipé de 8 volées d’escaliers. La cuisine se trouve tout en haut, juste en dessous de la lanterne, et les toilettes sont tout en bas.

– Quand arrivait 11 heures le matin, j’avais déjà monté et descendu les escaliers quatre ou cinq fois, pour aller mettre mes lignes de pêche et faire tout ce qu’il y avait à faire. J’étais très en forme !

Gerald me fera rêver à plusieurs reprises en me disant que la vue depuis la cuisine était absolument sublime : l’océan, et puis la ligne de côte irlandaise. De là-haut, il pouvait même apercevoir le phare de Galley Head et ses murs blanc immaculé, à près de 50 kilomètres de là !

Gardien de phare Irlande

Mais être gardien de phare sur le Fastnet, plus qu’ailleurs peut-être, c’était aussi en être prisonnier. Se brancher sur les fréquences radio de détresse, entendre les signaux d’alertes des navires en danger, les apprendre chavirés, parfois sombrer, les équipages sauvés ou non, les corps retrouvés ou non.

Être là, et ne rien pouvoir faire. Impuissance ultime.

Comme lors de la Fastnet Race de 1979, une course nautique mythique qui part de l’île de Wight dans la Manche, pour enrouler le phare de Fastnet et retourner vers Plymouth. Cette année-là, une tempête est arrivée de nulle part, les bureaux météos irlandais et britanniques ne l’avaient pas prévue. Gerald était en poste au Fastnet et se souvient bien que le matin, la mer était exceptionnellement calme, avec un gros brouillard. Le brouillard s’était dissipé et dans l’après-midi le vent s’était levé. Pas fort, mais très changeant. Et puis il était monté en intensité. 3 000 personnes étaient sur l’eau entre le finistère anglais et le Fastnet. Des vagues de plus de 20 mètres fracassaient les voiliers de la régate, et 15 personnes ont perdu la vie.

Gerald me parle aussi du gros temps sur place. L’hiver au Fastnet, la mer passe souvent par-dessus le toit du phare.

– Et ce ne sont pas juste des éclaboussures, ce sont de vraies vagues ! Tu vois la mer qui devient soudainement une montagne de 30 mètres de haut, et qui vient frapper le phare à une vitesse minimum de 100 km/h selon mes calculs ! La tour tremble, et le bruit ! Mon dieu ! Le bruit ! Tu ne pouvais pas dormir !

Gerald est retourné sur le Fastnet en 2018, 40 ans après sa première prise de poste là-bas, à la demande des Commissioners of Irish Lights. Il y est resté trois semaines, le plus bel été qu’il n’ait jamais vu de sa vie avec une mer exceptionnellement calme.

Il en a fait profiter Meria, qui a eu la chance d’y passer quelques heures.

– C’était fantastique ! L’intérieur est magnifique ! me confiera-t-elle.

– En temps normal, j’imagine qu’il est interdit d’y accoster ? je demande, curieuse.

– Oui. Quand des gens accostaient sur ces phares au large, j’étais supposé leur dire que non, désolé, ils devaient s’en aller. Mais je ne l’ai jamais fait, ça m’était égal. Si un accident arrivait, c’était de ma faute, et le pire qu’il pouvait m’arriver, c’était de me faire virer. Sur le Fastnet, une fois, une femme a accosté. Elle m’a dit qu’elle supposait qu’elle n’avait pas le droit d’être là. Je lui ai répondu que non effectivement, mais que puisqu’elle était là, j’allais lui faire visiter le phare.

J’écoute Gerald, et je rêve encore plus du Fastnet. A travers ses mots, ma fascination pour cet endroit grandit encore. Elle deviendra presqu’envoûtement quand des heures plus tard, et de nuit, Gerald sortira un grand livre dédié à l’endroit, m’expliquant comment le phare a été construit et me racontant encore bien d’autres histoires sur ce caillou irlandais.

Falaises péninsule Cork Irlande

Une époque révolue

L’ère des gardiens de phare est terminée, et c’est triste.

Je comprends la nostalgie de cet homme qui n’a aujourd’hui plus le droit de faire le moindre travail d’entretien technique et extérieur sur « son » phare, à cause des nombreuses normes de sécurité mises en place au fil des ans. Je la comprends davantage encore lorsque les heures passant, je l’écoute me raconter les tâches qui rythmaient la vie de tous les gardiens de phare.

Ici, à Galley Head par exemple, sa famille s’occupait de toutes les peintures extérieures comme intérieures, du haut du phare jusqu’aux longs murs d’enceinte, la galerie extérieure, en passant par les portes et fenêtres.

– A l’extérieur, c’était surtout pour la fonction d’amer (ndlr – point de repère fixe à terre pour aider à la navigation), mais aussi pour l’entretien. On repeignait tous les ans, et ça évitait la rouille. Ça nous prenait des mois pour peindre tout ça ! Pour la tour, on commençait par le haut, et on descendait jusqu’en bas.

A l’étage de la lanterne, j’ai vu les poignées à l’extérieur des fenêtres.

– Oui, ça nous servait à nous agripper lorsqu’on peignait.

Le phare et les bâtiments étaient peints à la chaux, et cela tenait environs 12 mois. 12 mois d’un blanc immaculé, un travail de titan fait avec soin et amour.

– Aujourd’hui, ce sont des entreprises qui viennent. Ils ont les certificats nécessaires demandés par Irish Lights. Ils font le travail, et repartent. Ils n’y mettent pas le cœur que nous y mettions.

L’autre fonction importante des gardiens de phare avant l’automatisation était bien sûr de s’assurer du bon fonctionnement des lumières. A Galley Head se fut d’abord un allumage au gaz, puis à l’huile, avant d’être remplacé par l’électricité. Gerald a connu l’époque où les gardiens devaient tout noter, la météo toutes les heures mais aussi la moindre dépense car tout devait être transparent. Un carreau brisé par la tempête qui devait se faire remplacer ou encore la consommation d’huile.

Gerald m’a dit qu’il sera le dernier gardien de Galley Head. Alors je lui demande ce qu’il se passera après lui.

– Eh bien, quand je vais partir en retraite, je vais me porter bénévole pour faire l’intendance. Ca veut dire que je ne serai pas payé, mais ça m’est égal. Même si tout est automatisé, j’aurai toujours les clés et pourrai venir au cas où il y a un problème. Et j’espère faire ça jusqu’à ce que je ne puisse plus !

Je l’écoute, et je comprends que oui, Gerald sera gardien de phare pour l’éternité. L’un des derniers en Irlande.

Gardien du phare de Galley Head Cork Irlande

Entre temps, du décor Van Goghien du salon, nous sommes passés dans la cuisine pour prendre le thé, la table recouverte de plats à picorer que Meria avait préparés pour nous. La table collée à cette grande fenêtre qui donne sur l’océan juste là. J’aperçois le ciel qui se dégage, quelques aiguilles rocheuses, et la péninsule de Toe Head à l’horizon, vers l’Ouest. Je suis hypnotisée, et à plusieurs reprises, je ferai silence pour cacher mon émotion. J’imaginais la mère de Gerald, là, s’arrêter observer le paysage tout en s’affairant aux tâches ménagères. Car c’est elle qui avait demandé à ce que cette ancienne réserve d’huile inutilisée soit convertie en cuisine pour leur famille nombreuse. Parce qu’elle y aimait la vue. Quelle bonne idée ! Je m’imaginais parfaitement à mon tour passer de longues heures à écrire et rêvasser, assise à cette table.


Nous sommes restés bien plus longtemps que je ne l’aurais imaginé au phare de Galley Head, bien longtemps encore après que la nuit soit tombée et que les nuages aient ravalé leurs larmes. Et pour la première fois de ma vie, j’ai pu expérimenter sur place un phare allumé la nuit. J’ai pu apercevoir l’éclairage du Fastnet au loin vers l’ouest (à 50 kilomètres de là !), et celui de Old Head of Kinsale bien plus proche à l’Est.

Gerald a tenu à me montrer ce que ça faisait d’être au pied de la tour, sous les faisceaux lumineux qui tournent doucement et plongent vers l’océan, dans l’obscurité de la nuit, nous tout petits plantés en haut des falaises de la côte sud de Cork. Une sensation magique, l’impression d’être enveloppé par ce manège impalpable, une sentiment de protection presque maternelle. Cette même sensation que j’ai ressentie pendant le long moment où nous étions en haut de la tour, à l’intérieur, Gerald et moi, et que je regardais fascinée en contrebas, les épines rocheuses et tranchantes qui se dressaient hors de l’eau et s’avançaient vers l’Atlantique. Forteresse imprenable.

phare irlandais dans la nuit

J’aurais tellement d’autres choses à vous raconter de ce que m’a partagé Gerald à propos des phares d’Irlande et de sa vie tournée vers la mer ! Mais pour vous qui lisez ces mots sur votre écran, j’ai déjà été suffisamment bavarde. Comme je suis heureuse d’avoir rencontré ce porte-drapeau d’une partie de l’héritage irlandais… Et de pouvoir vous en faire profiter, via cette publication.

C’est grâce à des gens comme Gerald, et à leur générosité, que mon projet de Tour d’Irlande en interviews prend tout son sens.

Laissez un commentaire ci-dessous pour partager vos impressions si ça vous dit. 🙂

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Et bien sûr, bien plus de photos des environs, de Cork, et d’Irlande sur Instagram ! 😉

Posted in La vie en Irlande, Phares irlandais, Portraits, interviews

19 Comments

  1. jucla2218

    Comme je t’envie. J’ai toujours été fascinée par les phares et je me demandais comment vivaient les gardiens.
    Il me semble qu’en France, les phares électrifiés sont vides.
    Gerald va vivre à quel endroit lorsqu’il devra quitter le phare ? Il a 70 ans, c’est l’âge légal de la retraite en Irlande ?
    15 enfants !!!!, il faut bien s’occuper lorsqu’on vit isolé dans un phare…
    Je me souviens du drame du Fastnet.

    • Aurélie Gohaud

      Il n’y a pas vraiment d’âge legal pour la retraite en Irlande, en général les gens vont jusqu’à 65/67 ans mais après ça dépend de pas mal de choses. Quant à Gerald, c’est très clair que la retraite ne fait pas partie de sa passion ! 😉 Il vit dans les environs mais plus dans le phare.

  2. Yveline plancque

    Hello … je suis jalouse ! Je vous envie ! J’aurais aimé avoir cette idée d’interview mais je ne parle pas assez bien l’anglais ! Merci de partager ce moment magique, un parmi tant d’autres ! Bons voyages 😉 veinarde ! Cordialement

  3. Yveline Plancque

    J’ai oublié de vous dire merci pour ce bon moment à vous lire , et merci à Gérald pour son partage et sa gentillesse… c’est une « bel » personne ! qu’on aimerait avoir dans la famille … cordialement

    • Aurélie Gohaud

      Merci Yveline 🙂 Ce tour d’Irlande en interviews est justement fait pour donner accès aux francophones à l’Irlande à laquelle ils ne peuvent souvent pas avoir accès, notamment à cause de la langue. 🙂 Partagé donc avec grand plaisir ! 🙂

  4. Cécile G

    Superbe histoire, émouvante. On sent à travers tes mots l’émotion, le plaisir que tu as à partager l’histoire de cet homme. A quand un livre avec toutes ces belles histoires que tu nous racontes, avec toutes les magnifiques photos que tu prends ! Tu as une superbe Humanité qui transperce dans tout ce que tu écris te tes photos . Bref tu l’as compris j’ai adoré 😉

  5. Flavie

    Un article bien écrit … qui me donne de plus en plus envie de me rendre dans ce beau pays. Cette rencontre avec le gardien est juste fabuleuse ! Quelle chance !! Un beau moment d’évasion, d’enchantement, d’enrichissement et une petit brin de mystère qui entoure ces beaux édifices …

    • Aurélie Gohaud

      Mystère, c’est exactement ça ! Je réalise que bizarrement, je n’ai même pas utilisé le mot ici ! A tord. 😉

  6. Francine Marengo

    Fabuleux! Merci de nous faire partager ces moments féeriques, on y est avec vous, nous sommes transportés dans cette Irlande de légendes avec la magie des phares toujours fantastique. Encore merci de partager avec nous.

  7. Hélène

    Bonsoir Aurélie,
    Pour une première sortie après confinement de plusieurs mois, quelle sortie!
    Portrait passionnant d’une personne passionnée. Gardien d’un phare, mais aussi d’une époque quasi révolue.
    J’ai aimé cette immersion dans la vie de Gérald, qui m’a permis d’en apprendre plus sur le recrutement et les activités de sa profession, le mode de vie solitaire. Mais le lien qui se tisse entre l’homme et la bâtisse. La description des tempêtes est impressionnante et effrayante à la fois.
    Les photos sont superbes.
    Petit clin d’oeil à la description des routes de l’Irlande, avant d’arriver à destination : la route, « seule trace humaine dans cet écrin de verdure »…et on a le sentiment d’être seul au monde!
    A bientôt pour la prochaine interview.

  8. Richard

    Très bon blog et article passionnant à la fois instructif et touchant. Avec la disparition progressive des gardiens de phare, c’était une excellente idée d’avoir recueilli ce témoignage.

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