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Le phare de Old Head of Kinsale (Comté de Cork)

Phare de Old Head of Kinsale Cork Irlande

Le phare de Old Head of Kinsale se situe à la pointe d’une péninsule éponyme, située à un peu plus d’une heure de route au Sud-Ouest de la ville de Cork. J’ai déjà quelques articles et même un podcast consacrés aux phares d’Irlande. Pour ceux qui me suivent depuis un moment, vous savez mon intérêt grandissant aux fil des années pour ce patrimoine insulaire, ici, en Irlande. Voici donc un nouvel article, qui vient suite à une visite exceptionnelle durant laquelle j’ai pu monter en haut du phare de Old Head of Kinsale, habituellement non accessible au grand public… Et rencontrer son gardien, qui vit encore sur place. Je vous raconte tout ceci au fil des lignes. Suivez-moi, je vous emmène découvrir le phare de Old Head of Kinsale et ses alentours !

Accès au phare de Old Head of Kinsale

Je m’étais rendue vers Kinsale ce week-end-là dans un but tout à fait précis. Ce week-end-là et pas un autre. Nous étions en mai 2022 et le phare de Old Head of Kinsale ouvrait ses portes au public le temps d’un week-end. Car, en temps normal, sans parler d’y pénétrer, les visiteurs ne peuvent tout simplement pas s’approcher du phare de Old Head of Kinsale.

Visiter phare irlandais

C’est une particularité malheureusement commune en Irlande : nombre de ses phares situés sur des terres privées, ou entourés de terres privées, ne sont pas accessibles ni ouverts au public. C’est une grande frustration, pas seulement pour moi bien entendu, mais pour de plus en plus d’Irlandais qui commencent à s’intéresser à ce patrimoine. En France, on peut accéder à l’intérieur et en haut de 36 phares ouverts au public (soit le quart des phares du territoire métropolitain). En Irlande, sur environs 120 phares existants, ils sont moins d’une dizaine sur l’île principale à être ouverts au public pour des visites (plus quelques uns qui se louent comme hébergements touristiques). Il est même parfois tout simplement impossible de s’en approcher, pour des raisons de propriété privée, toujours. C’est le cas du phare de Old Head of Kinsale, planté sur sa pointe, et cerclé depuis 1997 par un magnifique golf de luxe qui le rend inaccessible pour les visiteurs qui suivent le Wild Atlantic Way et qui ne peuvent donc désormais l’apercevoir que depuis l’entrée du golf, à un kilomètre de la tour noire aux bandes blanches.

L’histoire du phare, en bref

Escalier du phare de Old Head of Kinsale Cork Irlande

Comme bien souvent, le phare de Old Head of Kinsale a été construit sur un site identifié depuis bien longtemps comme dangereux pour la navigation et, si la construction du phare actuel remonte à 1853, il existe des références à un point de repère lumineux (feu) sur cette pointe péninsulaire dès l’époque pré-christianique irlandaise.

Il faut cependant attendre la fin du 17ème siècle pour voir le premier bâtiment solide construit sur le site : il s’agissait en fait d’un cottage au toit plat sur lequel on entretenait un feu de charbon dans un brasier.

En 1814, une tour de près de 13 mètres de haut fut construite, alimentée par 27 lampes à huiles. Fréquemment prise dans la brume, il fut décidé de la détruire (en partie) et d’y construire un nouveau phare : celui qui existe toujours aujourd’hui et haut de 30 mètres. Le phare de Old Head of Kinsale fut éléctrifié en 1972.

Ruines chateau normand de Courcey, comté de Cork Irlande

Sur le site se trouvent également les ruines d’un ancien château normand du 13ème siècle, le château De Courcey. Elles marquent d’ailleurs l’entrée du green et on peut donc librement les approcher, mais pas aller au-delà.

À visiter près du phare : La signal tower et le musée du Lusitania

Signal tower péninsule Old Head of Kinsale Irlande

La signal tower de la péninsule de Old Head of Kinsale est l’une des quelques dizaines qui jalonnent la côte irlandaise. Elles ont été construites en prévention d’éventuelles attaques napoléoniennes et se concentrent principalement autour de Dublin et de Cork. Celle-ci, unique en son genre, a été restaurée et abrite depuis 2017 un musée consacré au naufrage local du Lusitania, un contemporain transatlantique du Titanic. En 1915, une torpille d’un sous-marin allemand le fait sombrer en moins de 20 minutes, avec près de 1600 passagers à son bord.

Du haut de cette tour haute de deux étages, la vue sur le jardin du mémorial, sur la pointe de la péninsule, le phare de Old Head of Kinsale au loin, et l’océan environnant est à ne pas manquer.

Géré par une équipe de bénévoles locaux, ce sont eux qui sont à l’origine de ce projet de portes-ouvertes du phare voisin, en coopération avec Irish Lights (entité irlandaise de gestion des phares) et le golf de Old Head.

Ma visite du phare de Old Head of Kinsale

Phare de Old Head of Kinsale Irlande

Même sans cette météo exceptionnelle (pas un nuage dans le toit azur), j’avais de toute manière prévu de me rendre à Old Head of Kinsale pour le départ de la toute première navette de 9h30. Pour ce week-end portes-ouvertes du phare, il avait été mis en place un système de navettes, des mini-bus qui transporteraient les visiteurs entre la signal tower et l’entrée du mur d’enceinte qui protège le phare, seul moyen possible et autorisé le temps du week-end pour traverser le golf. Nous étions donc une vingtaine à monter à bord de cette tout première navette. Je me réjouissais déjà et je crois que j’arborais sans m’en rendre compte ce sourire naïf de la gamine que je redevenais : Putain de merde ! J’allais enfin pouvoir accéder au phare de Old Head of Kinsale ! Je ne jure que très rarement en français, mais il y a des occasions où le juron est de mise. Il est, je le sais, en général accompagné de ce sourire niais et permanent de ce qui sont pour moi de grandes sources de joie.

Je prends le dernier siège de la navette, et on part. Cette conscience de l’exceptionnel, du privilège, lorsque nous avons franchi la grille d’entrée et pénétré le golf ! Privilège, mais pas chance : habitant Dublin, je suis allée la chercher, cette visite du phare de Old Head of Kinsale que j’attendais depuis des années ! 😉

Passé le poste de sécurité à l’entrée du golf, on emprunte d’abord une allée qui monte doucement pendant plus de 500 mètres, sans que le phare ne fasse partie de notre champ de vision. C’est que lorsque que l’on arrive au parking des golfeurs, qu’il se dresse là, devant nous, le bleu de l’océan et l’horizon parfaitement clair en arrière-plan. Du moins, j’imagine que c’est le cas pour mes compagnons de mini-bus. Parce que de mon côté, à cet instant précis, il y a du brouillard dans mes yeux. Je ne l’ai pas vu venir, celui-là. Ma gorge se noue et par la même occasion, derrière mes lunettes de soleil, une goutte de pluie roule sur ma joue droite. Il ne pleut souvent que d’un oeil (le droit), dans ces moments-là.

Désormais, on est encore plus dans l’exceptionnel : même les golfeurs véhiculés n’ont pas le droit de franchir la limite que nous nous apprêtons à passer ! Le bus rétrograde et bifurque légèrement sur la gauche pour s’engager sur une route suffisemment large pour laisser passer un seul véhicule et bordée de murets d’un mètre de haut de part et d’autre. Le phare de Old Head of Kinsale m’apparait en fait désormais, et de manière tout à fait concrète, être planté sur la péninsule d’une péninsule d’une péninsule ! On traverse toujours le green qui nous entoure de chaque côté de l’allée goudronnée. Sur notre gauche, il y a l’océan juste là et, le surplombant, sans aucun parapet, des trous de golf, en terrasses. Je suis ébahie de voir des trous aménagés sur de petites surfaces, à flanc de falaises. Et je me dis qu’il doit y avoir nombre de balles qui finissent dans l’océan, en assommant parfois au passage, peut-être, les goëlands que je jalouse et qui s’amusent à planer le long des falaises. En tout cas, pour moi qui ne suis pas golfeuse, ça me paraît inévitable… Pis, ensuite, je comprends pourquoi c’est un golf de luxe : j’ai vu pas mal de golfs en Irlande, et s’il est vrai qu’ils sont souvent situés en bord de mer avec vues de ouf, celui-ci est encore un niveau au-dessus. Au retour, le chauffeur de bus nous dira, sourire aux lèvres, qu’il nous faudra débourser plus de 350 Euros la journée pour venir taper la balle comme ces messieurs qui, club en main, nous regardaient passer. Je le répète souvent : l’exceptionnel a un prix. CQFD.

Et puis, enfin, le bus nous dépose. Mais notre voyage ne s’arrête pas là. Il nous dépose à 200 mètres environs du phare (tellement proche !), devant un portillon rouge immaculé. Grand ouvert pour l’occasion. Le phare est entouré d’un mur d’enceinte blanc et passé ce portillon, on s’engage sur une allée. Celle-ci est bordée de murs de plus d’un mètre 60 au blanc éblouissant, surtout un jour comme celui-ci. Je laisse tout le mini-bus prendre le large, et me retrouve seule sur le pas de cette allée courbée qui suit la ligne de côte. J’ai l’impression de pénétrer chez quelqu’un.

J’avance, je lève les yeux jusqu’en haut de la tour noire et blanche qui se dresse devant moi, l’Océan Atlantique partout autour, gardien de notre prison insulaire. Et puis j’entre dans le phare par la petite porte grande ouverte. Et là, au pied de l’escalier, j’ai la surprise de découvrir un autre gardien : c’est Alan, le gardien du phare de Old Head of Kinsale ! En tenue, barbe blanche et casquette de gardien vissée sur la tête, il nous accueille dans ce qui est en réalité son chez lui depuis une trentaine d’années : Alan vit encore sur place, dans la maison du gardien de phare adjacente au phare. Ouah !

J’avais appelé Gerry en arrivant au phare de Old Head. Appel spontané. Gerry, ou Gerald, gardien de phare sur l’un des phares voisins, celui de Galley Head, et que j’étais allée rencontrer exactement un an auparavant, pour un portrait publié ici, sur le blog. Mais, à l’inverse d’Alan, Gerald ne vit plus sur place. Bien sûr, Alan connaît « son voisin » du phare de Galley Head d’où, de nuit, j’avais d’ailleurs pu distinctement apercevoir le rayonnement lumineux du phare de Old Head of Kinsale, à plus de 12 kilomètres de distance.

J’ai profité du calme pour discuter un peu avec Alan, avant de monter tout en haut du phare. La maison dans laquelle il vit a été construite en 1853 pour accueillir le « gunman » du phare, un Polonnais.

-Un tireur ? Pourquoi donc ? l’interroge-je.

– Pour la brume ! Les jours de brouillards, les navires ne voyaient pas la lumière du phare. Il fallait donc les prévenir d’une autre manière s’ils approchaient trop près de la terre. La terre signifie danger quand tu es en mer. Donc, quand les marins entendaient le son des canons, ils savaient que la terre était proche. S’ils ne l’entendaient pas les jours de brume, ça voulait dire qu’ils étaient en zone de sécurité. Donc le tireur, les jours de brouillard, était très occupé ! Ca le gardait en forme ! Des jours de beau temps comme aujourd’hui, il pouvait juste profiter du temps, mais autrement…

Et puis, j’ai entammé les quelques volées d’escalier pour atteindre le Graal du phare de Old Head of Kinsale, le balcon de veille extérieur, sous la lanterne du phare.

Quelques photos vaudront bien plus que des mots. 😉

Lanterne du phare depuis le balcon de veille Old Head of Kinsale Cork Irlande
Vue sur golf Old Head Kinsale Irlande
Vue sur le golf traversé avant d’atteindre le phare de Old Head of Kinsale.
Vue depuis le balcon du phare de Old Head of Kinsale Cork

Je suis restée un long moment en haut, jusqu’à ce que les passagers de la deuxième navette commencent à arriver, et je suis donc descendue pour laisser ma place, car on est vite à l’étroit sur un balcon de phare. 😉 Quelques mots à nouveau avec Alan, derniers instants privilégiés sur place, et je suis remontée dans une navette, les passagers qui avaient fait l’aller avec moi étant déjà repartis.

J’ai beaucoup marché et crapahuté sur les falaises et toute la péninsule de Old Head of Kinsale le reste de la journée, sans une seule fois n’avoir vu l’ombre d’un nuage : cette journée de visite au phare de Old Head of Kinsale était vraiment exceptionnelle, et le restera ainsi dans mes souvenirs pour encore longtemps.


Les portes-ouvertes du phare de Old Head of Kinsale est un événèment qui a lieu depuis quelques années, deux fois par an : en mai et en août. L’évènement a pour but de lever des fonds pour soutenir le développement de la signal tower et du musée Lusatania. J’espère donc que cet article contribuera à faire connaître cet évènement aux francophones et vous encouragera à aller découvrir cette charmante péninsule de Old Head of Kinsale, dans le comté de Cork. 🙂

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Posted in Histoire et patrimoine irlandais, Idées Voyage et week-ends en Irlande, récits

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