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Une journée sur Achill Island (comté de Mayo)

Falaises sur Achill Island, comté de Mayo, Irlande

Visiter Achill Island est sans nul doute une expérience incroyable, de celles qui se transforment en souvenirs que l’on chérit tout au long de notre vie, qui nous suivent et nous mettent des étoiles dans les yeux dès qu’on les évoque.

Achill Island, grande île sauvage située dans le comté de Mayo, offre aussi l’une des routes panoramiques les plus belles d’Irlande, sinueuse à souhait, surplombant l’Atlantique, et qui se termine en impasse sur l’une des plus charmantes plages d’Irlande : Keem Bay, souvent sélectionnée depuis quelques années par les magazines ou jurys internationaux comme faisant partie des plus belles plages du monde (je vous y emmène plus bas dans l’article 😉). Achill Island est aussi dotée de falaises de plus de 600 mètres de haut (trois fois celles de Moher, excusez du peu !) et de monts roux cerclés par l’Océan Atlantique, qui sous ces latitudes, ne plaisante pas.

La mise en place il y a quelques années du Wild Atlantic Way, route touristique de 2 500 km reliant le Sud au Nord de la côte ouest irlandaise, l’a mise en lumière sur la carte touristique. Elle devient au fil des ans un incontournable, pour qui a le temps, bien sûr, comme toujours en Irlande.

Carte comté de Mayo Irlande
Carte Achill Island Irlande

La raison de ma visite sur Achill Island

J’y étais allée quelques fois déjà, mais cette fois-ci, si j’y retournais, c’est que j’y avais rendez-vous. Le rendez-vous était à Newport en réalité, village charmant de ruralité irlandaise, porte d’entrée vers La Belle Ile (pas la bretonne, hein !). J’y avais rendez-vous avec Derek, guide local exclusivement dédié au comté de Mayo. Je l’avais contacté pour l’interviewer dans le cadre de mon Tour d’Irlande en 32 interviews d’Irlandais, et en guise de réponse, il m’avait carrément proposé de m’emmener randonner sur Achill Island !

Autant vous dire que le matin du jour J, je n’ai pas eu besoin que le réveil ne sonne deux fois pour mettre le pied hors du lit ! Pourtant, en regardant par la fenêtre, ce n’était pas gagné : un déluge, qui avait commencé la veille, et n’avait cessé de battre les carreaux toute la nuit. Et les prévisions météo n’annonçaient aucune amélioration avant 17 heures ce jour. La motivation pour passer la journée dehors n’était clairement pas au rendez-vous, et l’enthousiasme du début à l’idée de cette rencontre avec Derek était du coup un peu en berne. Dans ces conditions, il me fallait une bonne dose de motivation pour faire les deux heures de route qui me séparaient de Newport, notre lieu de rendez-vous, dans le comté de Mayo. Annuler ? Maintenant que j’étais là, près de Galway, c’aurait été dommage.

Autre élément qui jouait en ma défaveur : j’étais partie de Dublin en oubliant… de prendre une veste de pluie ! Vous le croyez ? Après toutes ces années à vadrouiller l’Irlande, partir dans l’Ouest de l’Irlande, et faire une grossière erreur de débutant de la sorte ? En plus, ce n’est pas comme si je n’étais pas équipée avec tout ce qu’il faut pour randonner l’Irlande sous tous les temps ! En fait, le jour où j’avais quitté Dublin pour cette vadrouille, il faisait super beau, et chaud. Et si j’y ai bien pensé au moment de partir, il était inimaginable de mettre ma veste de pluie sur moi, trop beau ! Donc j’ai tout simplement oublié de la mettre dans mon sac à dos ! Ça ne m’était jamais arrivé, et ce matin-là, aux portes de Galway, je me disais en regardant par la fenêtre, que j’avais clairement choisi le mauvais jour pour le faire !

En route vers Achill Island, depuis Galway

Alors j’ai pris la route, en direction de Newport, sous une pluie qui ne faiblissait pas, bien au contraire. Et plus je montais vers le Nord, et plus c’était pire. Il faut dire qu’Achill Island, rien qu’à voir sa situation sur la carte de l’Irlande, on se doute bien que les jours d’ensoleillement s’y font rares sur une année, et quand il fait mauvais à Galway, il fait sans doute encore plus mauvais là-haut !

J’avais choisi de passer par Castelbar, à une vingtaine de kilomètres à l’Est de Newport, plutôt que par Westport au Sud, me disant que j’aurais peut-être plus de chance d’y trouver une veste de pluie, Castelbar étant plus commerçant que Wesport. Mon intuition m’avait bien menée puisqu’un magasin de randonnée s’est présenté devant moi sans que je ne le cherche, en traversant Castelbar ! Essayage rapide, et hop ! Une nouvelle veste de rando à ma collection ! Absolument superflue pour ma garde-robe, ça c’est certain, mais indispensable ce jour pour passer la journée sur Achill Island avec Derek ! Il pleuvait d’ailleurs encore des cordes lorsque j’ai rejoint la voiture pour repartir en direction de Newport, à une bonne vingtaine de minutes de route de là.

Mais c’était sans compter sur la magie du ciel irlandais, et aussi incroyable que cela puisse paraître pour qui n’a jamais expérimenté la météo irlandaise, c’est sous un grand ciel bleu et un magnifique soleil que j’ai retrouvé Derek à Newport ! Et c’est donc après avoir déposé sac à dos et veste de pluie dans le coffre de sa voiture, que j’embarquais à ses côtés, ravie comme une gamine en route pour Disneyland !

Croix celtique cimetière Mayo Irlande

– Bon, là il fait beau, on ne sait pas si ça va durer, comme toujours en Irlande de toute manière… Mais vu les citernes de pluie qu’on s’est pris dans le coin depuis hier (un déluge !), on ne va pas pouvoir aller randonner. Tu sais bien qu’on est toujours dépendant du temps par ici !

– Oui ! Oui ! Ne t’inquiète pas, je suis flexible !

– Je vais te promener, on va faire le tour de l’île, ça te va ?

– Tout me va quand je suis par ici, tu sais ! Achill island, même en voiture, c’est très bien !

– Parfait ! On avisera en fonction du temps de toute manière. T’as ta journée ?

– Oui, bien sûr ! Aucun impératif !

Derek étant guide, il ne lui a pas fallu longtemps pour que sa passion dévorante pour les environs ne fasse naturellement surface. Nous n’avions pas encore quitté Newport qu’il m’avait déjà appris que la ligne de chemin de fer désaffectée, qui arrive par le vieux pont, était surnommée « la ligne d’améthyste », un quartz aux teintes violacées dont regorge la région.

On a quitté Newport, nous dirigeant vers l’Ouest, avec un soleil insolant de bienvenue. Trente minutes plus tôt, mes essuie-glaces battaient du chef à tout va !

– Tu connais l’abbaye de Burrishoole ?

– Non…

Et hop ! Voilà que Derek bifurque vers la gauche sur une petite route indiquant l’édifice en question !

Une charmante surprise que cette ruine d’abbaye médiévale, dans son écrin de verdure de voie sans issue, effleurée d’un bras de mer qui vient se perdre en un lac qui reflète magnifiquement ce matin-là le bleu du ciel, dans ce recoin Nord-Est de Clew Bay, cette baie aux centaines d’îles et d’îlots chargée d’histoire. Il ne faut d’ailleurs pas longtemps à Derek pour me conter les histoires de nones enterrées dans le petit cimetière de l’abbaye, ou encore celles des hommes de l’IRA du coin, qui poursuivis par un millier de soldats britanniques, se dissipaient dans les réseaux de grottes des environs.

Un cygne est là, comme souvent en Irlande. Aussi solitaire que gracieux, il vient ajouter sa touche au vrai drapeau irlandais que j’ai sous les yeux : vert, blanc, bleu, roux, et gris. Le gris de l’abbaye ce jour-là, celui-du ciel ayant disparu… Pour le moment !

Ruines abbaye médiévale Irlande
Burrishoole Abbaye Mayo Irlande

Nous reprenons la route, avec un petit détour par Rockfleet castle, une tour fortifiée liée à Granuaile, Grace O’Maley, fameuse femme pirate irlandaise du XVIème siècle. J’ai la surprise de le découvrir dans un cadre d’acier, des échaffaudages cachant intégralement sa structure.

– Ca fait environs un an que c’est en chantier. Ils veulent en faire un visitor centre. C’est bien, si ça peut le conserver et le faire découvrir aux touristes.

J’imagine sans mal cette femme forte naviguer dans cette baie il y a des siècles, et tenir ce point stratégique d’accès aux environs. Protégé par les monts alentours, une baie en fer à cheval par laquelle on entre par un petit chenal, un vrai goulot, imprenable !

Nous rapprochant de l’île, je redécouvrais ces tourbières et monts roux, ces si jolis paysages sauvages qui nous accueillent tantôt hostilement, tantôt chaleureusement, selon l’humeur du ciel. A vrai dire, passer la journée ici sous la pluie ne m’aurait aucunement dérangée. D’ailleurs, quand on en vient à parler du temps, Derek comme moi l’adulons : tous ces verts qui font de l’Irlande une pierre précieuse n’existeraient pas sans la pluie qui tombe ici !

Premiers kilomètres sur l’île

Moutons sur route Irlande

On passe le petit pont qui relie Achill Island à la Grande île (elle y est rattachée depuis la fin du XIXème siècle). Déjà, les moutons à tête noire, princes des routes locales, nous forcent à ralentir. Déjà, les lumières s’allument dans les yeux, et déjà, je tourne la tête dans tous les sens. Je crois que le jour où je ne m’émerveillerais plus de ces paysages, il sera venu le temps de quitter l’Irlande, et peut-être même la Terre, car j’aurais perdu le goût de la beauté de cette planète. Je ne m’y habituerai jamais.

Kildnavet Tower lié à Grace O'Malley, pirate en Irlande

Derek m’emmène pour le grand tour de l’île, une silhouette qui ressemblerait à un boomrang mal découpé. Passé le pont, nous filons vers le sud, et les premiers arrêts arrivent, très vite. Kildnavet Tower, autre tour fortifiée liée à Grace O’Maley, ou un petit port de bout du monde tout au sud, et puis on remonte vers le Nord direction Cloughmore, on borde l’Atlantique, paysages désolés, verts, sans arbre ni habitation. Brut. On fera un arrêt un peu plus loin, la portière se faisant emportée par le vent quand j’ai voulu descendre. Plus de peur que de mal, mais on est prévenu quand on y pose le pied : ici, on ne plaisante pas avec la nature ! Une plaque mortuaire nous le rappelle, celle d’un étudiant finlandais qui ne s’est pas méfié, avait tourné le dos aux vagues, et s’était fait emporter sous les yeux impuissants de ses amis. C’était en 2011.

– Ne tourne jamais, jamais, jamais le dos aux vagues ici ! me préviens Derek.

C’est qu’il n’y a rien pour les freiner à ce point, ces déferlantes et ces vents qui déboulent tout droit des Amériques, sans aucune terre pendant des milliers de kilomètres d’océan en hémisphère Nord. Il fait pourtant beau aujourd’hui, mais la force du vent et des vagues qui viennent s’éclater sur les aiguilles rocheuses nous force à crier pour nous entendre, Derek et moi, alors que nous ne sommes qu’à deux mètres l’un de l’autre.

Côte à Cloughmore sur Achill Island

Des falaises et une côte déchiquetée suivront ensuite le long de la route, et puis Derek s’engagera à nouveau vers une petite route au travers de l’île, petite route qui monte, qui monte, qui monte. Bordée de paisibles moutons couchés, une vingtaine, qui dominent la vallée en contrebas désormais.

– Il y a 20 ans, je venais ici en moto, la route n’était pas encore goudronnée, c’était une piste. Ce n’était pas une partie de plaisir, je te le garantis, de tenir une cylindrée de 1000 cm3 sur un chemin de terre tout cabossé ! me confie-t-il.

Nous passons en quelques kilomètres du niveau de la mer à 400 mètres d’altitude. Au sommet, une antenne immonde. Et une vue imprenable sur une immense plage de sable blanc, celle de Trawmore, en arc de cercle, bordée d’un bleu profond et de turquoise précieux d’un côté, et de vert et de marron de l’autre. Des montagnes, et quelques maisonnettes blanches éparpillées ici ou là. Carte postale. Et vent décoiffant.

Journée montagnes russes, puisque de là, nous revenons à nouveau au niveau de la mer, cette fois-ci pour rejoindre la recluse Keem Bay, le plus beau des culs de sacs (en Français sur les panneaux irlandais 😉). Il y a du monde aujourd’hui, à vrai dire, je n’y ai jamais vu autant de gens.

Vue sur Keem Bay Irlande

– Elle est connue et reconnue désormais, y compris des Irlandais. On n’a jamais vu autant d’Irlandais ici que cette année, avec la staycation (mot utilisé en Irlande pour définir la période post-confinement COVID-19, où nous étions encouragés à rester en Irlande, et à ne pas voyager).

Mi-septembre, cela ne faisait aucun doute, il y avait encore pas mal de vacanciers dans le coin. Et des baigneurs, bien sûr. Une plage paradisiaque, longue de quelques centaines de mètres, mais tout de même suffisamment profonde. Au creux d’un fer à cheval de petites montagnes vertes, habitées de moutons qui viennent paître jusque sur les abords de la plage. Paradisiaque, pour qui n’est pas frileux.

Le constat du changement

Cela fait moins d’une dizaine d’années qu’ici, Derek y observe tous les ans aux mois d’avril et mai, des requins pèlerins, deuxièmes plus gros poissons de la Terre après les requins baleines. Même depuis la plage, qu’ils approchent de très près.

Plage de Keem Bay sur Achill Island

L’autre changement moins sympathique que Derek constate ici depuis une dizaine d’années, ce sont les tempêtes.

– On a toujours eu du mauvais temps ici l’hiver. Mais pas des tempêtes à répétition, qui viennent de plus en plus tôt dans l’année d’ailleurs ! Regarde cette année ! C’a commencé durant l’été, et on a déjà eu plusieurs grosses tempêtes, des vraies ! Le changement climatique, on s’en aperçoit bien par ici…

On papotera avec quelques touristes, des quatre coins de la Grande île, tous en vacances par ici, tous pour la première fois. De là, nous reprendrons la route, avec encore quelques détours, dont le tout proche Lough Accorymore, lac bien caché dans son petit fer à cheval, et que je découvrais pour la première fois.

Lough Accorymore lac d'Irlande

Les paysages sauvagement magnifiques continuaient de m’émerveiller, ne sachant toujours pas où donner de la tête à travers les vitres du véhicule. Comme à chaque fois lorsque que je traverse ce genre de paysages trop rapidement (ça l’est toujours lorsque je suis motorisée), la frustration m’accompagne. J’aime prendre mon temps lorsque je voyage, que je vadrouille, sans doute pour cela que je favorise la marche autant que je peux. Je vois moins, c’est certain. Mais cela me convient mieux. Ce jour-là, je rêvais de partir randonner sur les montagnes qui m’appelaient, frustrée de n’avoir jamais fait que « passer » sur cette île d’une beauté incroyable. J’étais d’autant plus frustrée, que j’avais prévu d’y venir au printemps dernier, avec ma fille, y passer les vacances de Pâques, destination couplée avec le Donegal. Et puis un certain Covid s’était invité, et avait changé tous nos plans. Mais j’écoutais Derek me racconter ses moultes randonnées, treks et bivouacs sur Achill Island, à toutes les saisons, et cela remplissait ma tête d’images et de rêves !

Route sur Achill Island

– Quand j’emmene des groupes randonner, il y a des coins, je n’ai qu’un tout petit périmètre comme filet de sécurité si le temps change dramatiquement. Tu peux mourir sur ces montagnes, les gens ne s’en rendent pas compte !

– Oui, souvent, quand je parle de « montagnes » en Irlande à des gens en France qui ont l’habitude des Alpes ou des Pyrénées, ils rigolent. Mais ils ne comprennent pas qu’ici, souvent, on part du niveau de la mer, mais surtout, que les conditions climatiques peuvent être extrêmes et surprendre même les plus aguerris !

– Oui, c’est ça. Le temps ici, pffff… me fait Derek en secouant la tête.

Derek étant guide certifié de montagne, il sait de quoi il parle.

Vue sur plage de Trawmore comté de Mayo

Je crois qu’il était déjà près de 15 heures lorsque nous nous sommes arrêtés déjeuner dans l’un des rares cafés familiaux ouverts en ce mois de septembre 2020, où tout était tristement fermé sur l’île, pubs, artisans, restaurants. A vrai dire, c’est ce qui gâcha un peu ma journée, de voir cette île sans vie, autre que les vacanciers qui n’avaient nulle part où aller qu’au grand air. Mais finalement, cela vint aussi diminuer ma frustration de ne faire que passer, car prendre mon temps, pour moi, signifie aussi prendre le temps d’aller à la rencontre des gens. Et sans pubs, et en des temps où la méfiance envers les étrangers se lisait dans les regards, finalement, à quoi bon y passer plus de temps ?

– Tu vois ce café là-bas ? Ils ont fait de gros travaux en début d’année, pour être prêts pour la saison. Et puis, il n’y a pas eu de saison, et ils n’ont jamais ouvert. C’est désastreux pour des endroits comme Achill Island. Ici, il n’y a rien d’autre que l’agriculture et le tourisme.

Heureusement, Derek en adorable bavard qu’il était, ne cessait de m’abreuver d’anecdotes locales qui me ravissaient, et j’avais grâce à lui, un peu l’impression de rencontrer les gens de l’île, par procuration. Comme lorsque l’on parlait des policiers en Irlande, et que je lui disais qu’ici, ils étaient davantage là pour faire acte de présence que de la répression réellement.

– Oui, c’est certain, enchaîna-t-il. On avait un policier ici, au commissariat du village. Il est retraité maintenant. Une fois, j’ai demandé à sa fille s’il avait déjà arreté quelqu’un dans sa carrière. Et elle m’a dit « non, pas dans le village en tout cas. Il a certainement dû en arreté quelque-uns à Ballina, mais pas par ici. » Mais c’était un bon policier, parce que s’il y avait un truc qui ne tournait pas rond avec un jeune, il allait chez les parents, leur parler. Et ça, quand t’es parent, c’est plus honteux que si leur enfant se fait arrêter, d’avoir le policier qui vient chez toi. Ici, la rumeur est très importante. On a une blague par ici, c’est que s’il se passe quelque chose, l’information sera de retour à ton village avant toi ! C’est très fort, la rumeur, par ici !

– C’est le cas partout en Irlande, même à Dublin ! Rétorquai-je en riant.

A la découverte d’un lieu insolite

Vue sur Achill-henge comté de Mayo

Après le déjeuner, Derek m’a emmenée découvrir un monument qui n’est pas répertorié dans les brochures touristiques, parce qu’il a été construit illégalement il y a quelques années. Il s’agit d’Achill-henge, qu’une toute petite pancarte en bois posée au sol vous indique, en empruntant un petit chemin entre deux maisons.

– C’est dommage qu’il y ait un contentieux avec les autorités locales, parce que tu vas voir, c’est un site qui pourrait amener tellement à la communauté !  Je ne t’en dis pas plus, tu vas découvrir par toi-même.

Nous laissâmes la voiture quand les nids de poules devinrent canyons, et continuâmes à pied, à travers les tourbières. Achill-henge ne se dévoile qu’au dernier moment. Une structure de béton brut, circulaire, à ciel ouvert, sans porte, ni fenêtre, ni sol, d’une centaine de mètres de diamètre et de plusieurs mètres de haut. Une version moderne, et bétonnée, de Stonehenge en Angleterre. Une structure qui semble inachevée, et construite à la va-vite.

– Elle a été construite en un week-end il y a moins de 10 ans, et le lendemain, les autorités arrivaient pour arrêter le chantier, car il n’y avait pas de permis.

Monument érigé comme protestation de son propriétaire, un certain Joe McNamara, un développeur immobilier connu en Irlande pour ses coups de gueule envers banques et institutions politiques.

Quand on entre à l’intérieur de l’enceinte, on découvre le côté artistique de la structure. Sur chaque plaque de béton verticale, une peinture, qui s’étoffe au fur et à mesure que le regard suit la courbe du monument. Au final, après 360 degrés sur soi-même, on découvre un regard, et une partie de visage, qui nous regarde, de profil.

Achill-henge art comté de Mayo

Est-ce que j’ai aimé ? La structure, clairement, non. Je l’ai trouvée très laide. Mais le potentiel, oui, évidemment ! On imagine sans mal ici des festivals, du théâtre, de la danse, de la musique en plein air, des animations pour la communauté, un lieu d’expression artistique et communautaire. Qui ne dérangerait personne puisqu’Achill-henge est posé au milieu des tourbières, à l’écart des habitations.

– Et tu vois, ajoute Derek, en plus, ça ne vient même pas salir le paysage, car il n’y a que lorsque tu es sur les crêtes des monts à l’Ouest ou plus à l’Est, que tu l’aperçois au loin. Sinon, tu as bien vu, quand tu es à côté, tu ne l’aperçois qu’au dernier moment, et il ne se voit pas de la route non plus.

Bono, et derniers kilomètres de vadrouille sur l’île

C’est après cet arrêt, que Derek me régalera d’une autre anecdote locale, qui concerne pourtant l’Irlandais le plus connu du monde : Bono, le chanteur de U2 ! En effet, il serait passé sur l’île lors des vacances de Pâques 2019, un ami à lui y ayant une maison. Il se serait pointé au pub local de l’un des villages. J’imagine sans mal les locaux le dévisageant, et je riais, je riais, en écoutant Derek me parler, tant le choc de deux mondes qui n’ont rien en commun me paraissait incongru !

– Je sais que les gens le détestent en Irlande, sans doute parce qu’il a du succès, et puis à cause de ses comportements. Mais s’il en est là où il est aujourd’hui, c’est certainement qu’il a dû beaucoup travailler. Alors il a du succès, c’est le fruit de son travail, et c’est respectable, je trouve, ajouta Derek, qui a lui aussi travaillé dur toute sa vie pour vivre la vie de ses rêves.

Le dernier arrêt de la journée sera sur l’une des plages au Nord-Est de l’île, elle aussi protégée par son petit mont. Et puis nous avons retraversé le pont en sens inverse, et nous étions de retour sur la Grande île.

Dugort Beach Achill Island Irlande

Il était aux alentours de 18 heures lorsque Derek et moi nous sommes quittés, à Newport… Sans que je n’aie eu besoin de la journée de prendre ma veste de pluie achetée le matin-même ! 🙂

Toute la journée, j’avais gardé en tête qu’il me fallait profiter de ce bol d’air iodé, parce que depuis que j’avais quitté Dublin quelques jours auparavant, la radio sur la route me l’avait annoncé : à mon retour, le comté de Dublin serait semi-confiné, et ses habitants ne seraient pas autorisés à en sortir pour les trois prochaines semaines. Qui se sont par la suite prolongées, puis transformées en nouveau confinement d’automne.

Dès que possible, et comme prévu, j’emmènerai ma fille sur Achill Island, et nous découvrirons ensemble les joies de la randonnée sur cette île, y découvrir d’autres trésors qui nous attendent, de ceux qui ne se dévoilent que lorsque l’on prend son temps. Et en Irlande, ils sont nombreux ! 😊

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