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Pianocean, un piano, un voilier, sous le ciel de l’ouest irlandais (interview)

Pianocean tournée Irlande

Il y a quelques mois, je découvrais depuis mon salon dublinois, le projet de Pianocean, grâce à un festival de films de voyage qui était exceptionnellement diffusé en ligne en cette année 2020. Pianocean, c’est un rêve un peu fou, un piano mis sur un voilier, et une tournée de concerts dans les ports de la côte ouest irlandaise !

Je me suis ensuite procurée CD, DVD, livre de ce beau projet irlandais… Et j’avais plein de questions à poser à Marieke Huysmans-Berthou, qui a fait de ce rêve une réalité poétiquement, marinement, voyageusement et musicalement partagée.

Je ne voulais pas attendre de pouvoir la rencontrer pour vous faire découvrir et partager ce projet original rempli d’Irlande ! C’est donc par écrans interposés qu’elle m’a offert de son temps, et j’ai alors pu lui poser toutes mes questions !

Voici donc l’interview de Marieke, qui nous parle du projet Pianocean, de l’Irlande qu’elle a dans le sang, et de la tournée qui a eu lieu sur la côte Ouest irlandaise !

Pianocean piano voilier irlande

Un piano, un voilier, l’Irlande… Et Marieke Huysmans-Berthou : interview

Au choix, vous pouvez lire l’interview de Marieke Huysmans-Berthou ci-dessous (avec vidéos et quelques photos), ou bien écouter notre conversation grâce au lecteur ci-dessous.

Ecoutez l’interview dans le lecteur ci-dessous ou téléchargez-la en cliquant sur “download” pour l’écouter quand vous voulez, sur l’appareil de votre choix ! 😉 Podcast également disponible sur toutes les plateformes d’écoute et sur la chaîne Youtube Raconte-moi l’Irlande.

Aurélie, Raconte-moi l’Irlande : Bonjour, bienvenue sur Raconte-moi l’Irlande. Aujourd’hui je suis en présence de Marieke Huysmans-Berthou qui va nous présenter son projet, un projet que j’ai découvert grâce au Festival International du Film et du Livre d’Aventure de la Rochelle. Alors, bonjour Marieke !

Marieke, Pianocean : Bonjour !

Aurélie, Raconte-moi l’Irlande : Je suis avec toi aujourd’hui pour parler de ton super projet (dont je suis fan), Pianocean. Tu vas nous en dire un petit peu plus parce qu’il y a un gros rapport à l’Irlande, évidemment, et c’est pour ça que tu es là bien sûr ! Est-ce que tu peux te présenter brièvement et présenter le projet de Pianocean pour les gens qui te découvrent ?

Marieke, Pianocean : Ok ! Je suis pianiste et navigatrice. Et depuis 2013, j’ai mis en place la réalisation de mon rêve de gosse, qui était d’installer mon piano sur mon voilier, et de partir naviguer de port en port pour donner des concerts, aller à la rencontre de gens, et composer d’escale en escale. Après 2 ans de travaux de 2013 à 2015, où on a installé un piano droit dans la goélette, la Lady Flow, on a inventé un système, une sorte d’ascenseur à piano qui permet au piano de monter sur le pont pour donner des concerts, et ensuite le piano redescend dans la cabine arrière pour les navigations.

Aurélie, Raconte-moi l’Irlande : Je précise que derrière ce projet, il y a un film, dans lequel on découvre en image le système du piano qui monte sur le pont et qui redescend ensuite. L’idée est quand même assez incongrue, d’un piano sur un bateau… Ce n’est pas commun comme idée !

Marieke, Pianocean : Non ! Non ! Ce n’est pas commun ! C’est sûr qu’un piano, en soi, le dernier endroit où il aimerait être, c’est bien sur un bateau ! Il n’y a pas pire pour un piano, on va dire… Ce sont vraiment les pires conditions pour l’instrument. C’est pour ça que depuis le début du projet je me suis rapprochée de Franck Dornier qui est un maître du piano (réparateur, accordeur, harmoniseur de piano) basé sur Rennes, et qui m’aide depuis le début du projet. C’est lui qui a fait la préparation du piano et puis ensuite il m’aide à l’entretenir tous les ans, et qui me forme depuis plus de 6 ans sur l’accordage. Ça me permet d’accorder le piano régulièrement, à chaque escale, pour les concerts, pour les enregistrements, et de maintenir le piano dans un bon état malgré tout ce qu’on lui fait subir.

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Aurélie, Raconte-moi l’Irlande : Tu dis « je suis pianiste, je suis navigatrice », donc je comprends que c’est l’association de deux passions pour réaliser un rêve, j’imagine. Et l’Irlande dans tout ça ?

Marieke, Pianocean : L’Irlande dans tout ça, ce n’est rien de plus que le début de l’histoire ! Quand j’avais à peu près 18 ans, j’ai commencé à jouer de la musique dans les rues à Galway. Je vais en Irlande depuis que je suis toute petite, mon père était un fou amoureux de l’Irlande, lui depuis qu’il était adolescent. Quand j’ai eu 13-14 ans, on a commencé à se faire des road-trips, on avait un petit van, on se faisait des road-trips en Irlande tous les étés. Lui allait à la pêche à la mouche, moi j’apprenais l’accordéon, je jouais un peu de piano dans les pubs, etc. Et à partir de 17, 18 ans, j’ai commencé à voler de mes propres ailes entre guillemets, en prenant mon accordéon sous le bras, et avec ma meilleure amie Lily, que j’ai rencontrée en Irlande également, on allait jouer dans les rues de Galway. Donc ça, c’était un peu le point de départ, c’est-à-dire, le fait de jouer dans les rues, de faire du « busking », je me suis dit la musique c’est vraiment un passeport international pour voyager, pour aller à la rencontre des gens, pour toucher les gens et les rencontrer vraiment. A partir de ce moment-là, j’étais sûre de vouloir continuer à voyager avec la musique. Et en parallèle de ça, on était en Irlande, sur la côte ouest irlandaise. Par exemple, je suis allée au festival de Kinvara, le Cruinniu na mBad qui est le festival des Galway hookers.

Aurélie, Raconte-moi l’Irlande : Pour les gens qui ne connaitraient pas, est-ce que tu peux préciser ce que sont les Galway hookers ?

Marieke, Pianocean : Les Galway hookers sont les anciens bateaux de pêche irlandais, l’équivalent de nos vieux gréments qu’on pourrait avoir en Bretagne. Ce sont des bateaux magnifiques, noirs, bas sur l’eau, splendides avec des voiles rouges ou noires. Ils sont très, très, très beaux ! Et la première fois que je les ai vus, j’ai eu un énorme choc, et là je me suis dit « j’ai envie d’apprendre à naviguer ! Je veux monter sur un de ces bateaux ! Je veux naviguer ! » ! Et c’est comme ça que j’ai commencé à mettre un premier pied dans le monde de la voile.

Aurélie, Raconte-moi l’Irlande : D’accord, donc la navigation te vient aussi de l’Irlande en fait !

Marieke, Pianocean : Tout vient de l’Irlande ! (Rires) Au final je me suis formée en navigation à l’école des Glénans en Bretagne, et puis c’est comme ça que j’ai découvert le voyage par la voile. C’est-à-dire que je ne suis pas une voileuse dans l’âme dans le sens où je ne vais pas faire des courses au large, ça ne m’intéresse pas particulièrement. Par contre, le fait de voyager avec un bateau, ça change énormément le rapport aux autres. On n’a pas du tout le même rapport quand on arrive par la mer quelque part, que quand on arrive en avion ou en bagnole…

Aurélie, Raconte-moi l’Irlande : Surtout sur une île, ou sur des îles !

Marieke, Pianocean : Et surtout sur une île ! Parce que voilà, j’ai aussi eu avec l’Irlande cette espèce de fascination des territoires insulaires, et quelle meilleure façon de rejoindre une île que le voilier !

Aurélie, Raconte-moi l’Irlande : Alors, on a la genèse du projet, on comprend bien que Pianocean est né dans ta jeunesse, ton enfance, par ces voyages en Irlande, c’est ça ?

Marieke, Pianocean : Oui, oui ! Complètement ! J’ai l’Irlande dans le sang !

Aurélie, Raconte-moi l’Irlande : Je pense qu’on est nombreux à l’avoir cette passion-là ! (Rires) Tu disais, c’est un projet qui a germé depuis de nombreuses années, vers 2013. Où ont eu lieu les premières navigations ? en Irlande ou ailleurs ?

Marieke, Pianocean : En fait, on a fait les travaux de transformation du bateau et d’installation du piano à Balaruc, c’est à côté de Sète, sur l’étang de Thau, dans le Sud de la France. Du coup la première saison de navigation en 2015, quand on a vraiment lancé le projet et donné les premiers concerts, ça s’est passé en Méditerranée. On a fait 6 mois de navigation en Méditerranée, tout le pourtour méditerranéen et tout autour de la Corse. Ensuite, logiquement, j’ai commencé à mettre mon cap vers le Nord-Ouest. On est remonté en Bretagne dans un premier temps, où on a fait deux saisons de navigation, en donnant des concerts de port en port à peu près partout en Bretagne, du Sud jusqu’au Nord. Et en 2019, on est parti de Saint-Malo pour rallier l’Irlande. Pour moi c’était vraiment la première boucle à boucler, revenir aux sources du projet, revenir en Irlande avec le voilier, avec le piano à bord, et jouer dans les ports irlandais. Ça marquait pour moi un premier tournant. Et ! Le début du tour du monde !

Aurélie, Raconte-moi l’Irlande : Oui, parce que Pianocean, ce n’est pas qu’un projet autour de l’Irlande, c’est plus grand ! C’est un grand rêve d’escales musicales autour du monde, c’est ça ?

Marieke, Pianocean : Voilà ! On va dire que Pianocean c’est vraiment un projet de vie. L’idée est de faire le tour du monde, en musique, avec le piano sur le bateau. Mais c’est un tour du monde qui s’entend sur des années et des années ! On va très doucement, on s’arrête dans chaque port, suffisamment longtemps pour pouvoir rencontrer les gens, créer avec eux. Ce n’est vraiment pas une course autour du monde ! Si le tour du monde nous prend 10 ans, ou 15 ans, tant mieux !

Aurélie, Raconte-moi l’Irlande : Pianocean, c’est ton projet, c’est ton rêve, mais tu n’es pas toute seule sur ce projet. Lors du voyage en Irlande, qui était à bord ? Est-ce qu’il y avait une logistique autour du bateau ?

Marieke, Pianocean : Au lancement du projet, j’ai été épaulée par mal de gens différents, des professionnels de la construction navale, Franck Dornier dont j’ai parlé tout à l’heure autour du piano, et plein, plein d’autres professionnels qui m’ont aidée et conseillée parce que concrètement je n’y connaissais absolument rien ! Et puis je suis partie en 2015 avec ma meilleure amie, Lily (Anne-Lise), qui est photographe et que j’ai rencontrée en Irlande. Avec elle j’ai joué de la musique de rue pendant des années. Elle est devenue la reporter photographe officielle du projet. Et on a mené la première saison de navigation du projet toutes les deux en Méditerranée. C’est là où j’ai rencontré mon compagnon, et du coup maintenant, sur le bateau, c’est un peu une petite famille : on navigue avec Sébastien, mon compagnon. Depuis, on a eu un petit garçon qui s’appelle Árann… Comme les îles d’Aran, qui a bientôt trois ans. Et Anne-Lise qui nous rejoint sur les tournées. Pour la tournée Irlande, on a été rejoint par des amis, de la famille qui viennent nous aider, ma mère est venue, d’autres amis qui viennent nous épauler sur des périodes de navigation un peu denses. Et il y a le frère de Lily, Pierric Le Pellec, qui nous a rejoints aussi. Lui aussi a une grosse attache à l’Irlande. On s’est tous rencontrés là-bas, donc on avait tous envie d’y être pour la tournée de Pianocean là-bas. Et c’est lui qui a tourné toutes les images du film que tu as pu voir.

DVD Sous le ciel de l'Ouest

Aurélie, Raconte-moi l’Irlande : Qui sont magnifiques ! Car effectivement il y a un album audio mais aussi un DVD avec le film du voyage, que j’ai redécouvert quelques semaines après la diffusion au FIFAV en novembre 2020. On l’avait regardé avec ma fille, on était tombée sous le charme, on avait adoré. Et j’ai re-regardé le film en recevant le DVD, qui m’a à nouveau cueillie, j’ai versé ma petite larme, il est très poétique. Parce qu’il y a ton projet, qui à moi me parle, et je pense qui parle à beaucoup de gens, mais effectivement il y a la réalisation du film, avec les mots de ton amie Lily, Anne-Lise Le Pellec, très poétiques, et puis les images de son frère, ça fait un beau melting-pot de talent et de poésie !

Marieke, Pianocean : C’est vrai que pour ce film, Anne-Lise et Pierrick sont les deux personnes les plus proches de Pianocean, et de l’Irlande et notre histoire commune avec l’Irlande, et le combo des deux entre l’œil de Pierrick et la poétique et l’écriture d’Anne-Lise, effectivement ils ont réalisé une très, très belle pièce qui fait un très bel hommage et à Pianocean, et à l’Irlande, et au voyage, et à la musique. Ils ont fait un très beau travail.

Aurélie, Raconte-moi l’Irlande : On en parlera tout à l’heure, mais il y a aussi ta musique qui est un superbe hommage à l’Irlande. Pour revenir sur le voyage en Irlande, c’était donc en 2019. C’était sur combien de temps ? 2, 3 mois, pendant l’été ?

Marieke, Pianocean : Oui. On est arrivé au mois de juin sur une île du sud de l’Irlande qui s’appelle Cape Clear et on a longé toute la côte ouest. Le plus au Nord qu’on soit allé c’est Roundstone, au Sud-Ouest du Connemara. On a fait toutes les escales sur cet itinéraire.

Aurélie, Raconte-moi l’Irlande : Première escale, c’était donc Cape Clear. C’est une île au large de Baltimore dans West Cork, au Sud-Ouest de l’Irlande. C’est une superbe île, le petit port, et l’arrivée est géniale !

Marieke, Pianocean : On se demandait même s’il y avait un port en fait ! On a eu du mal à le trouver ! On a enroulé le Fastnet rock, on est arrivé au Nord de l’île, et là on voyait des espèces de falaises et de champs qui se perdaient dans la mer, et on ne voyait pas du tout de port ! Et en fait, c’est en longeant la côte, à un moment donné, il y a une sorte d’ouverture un peu magique dans les rochers, et on se disait « non mais attend ! le bateau il ne passe pas ! ». Et on s’est retrouvé sur cette île où on a eu un accueil incroyable, des insulaires qui nous attendaient, c’était vraiment une très belle arrivée !

Aurélie, Raconte-moi l’Irlande : Alors justement, « des insulaires qui nous attendaient » … Comment ça se passait au niveau des concerts ? Parce qu’un piano sur une goélette, ok, mais est-ce que les concerts sont prévus à l’avance ? T’avais des points de contact sur toutes les escales ? Est-ce que parfois c’était improvisé ? Ça se passait comment ?

Marieke, Pianocean : Globalement, les tournées sont organisées. J’organise les tournées pendant l’hiver. Je prends contact avec les ports d’escales où j’ai envie de faire des concerts, on organise en fonction des dates, s’il y a un festival ou un évènement particulier pour lequel Pianocean est invité, etc. Donc j’ai toujours un contact sur place, un point de chute, et, normalement, une date théorique de concert. Tout est très météo-dépendant. Par exemple, le premier concert à Cape Clear, le jour où c’était prévu, il y avait tempête de fou, il pleuvait des cordes, donc on a annulé et décalé à deux jours plus tard, et ça l’a fait ! Donc il y a la partie programmée, un concert par semaine, programmé dans un port différent. Mais comme on reste à chaque fois, 4, 5, 6 jours dans chaque escale, il y a aussi les aléas de la météo qui font qu’on peut décaler les concerts. Et puis ! Il y a aussi les escales pas prévues ! C’a été le cas de Crookhaven par exemple, qui est une petite crique qui est dans le West Cork, dans le Sud-Ouest de l’Irlande. En fait, c’était un endroit où on n’avait pas prévu de s’arrêter, entre deux escales. On partait de Schull, et on devait relier Valentia Island. Et le soir du concert de Schull tout le public nous a dit « Il faut absolument que vous alliez à Crookhaven ! Il y a un pub qui donne sur le quai ! Dermot, le gars du pub, il est trop sympa, je l’appelle tout de suite ! ». Et en fait, c’est le public du concert de Schull qui nous a organisé le concert du lendemain, qui a appelé le patron du pub en disant « il y a Pianocean qui arrive demain ! Il faut absolument que tu les accueilles, tu vas voir c’est trop bien ! » Et du coup, ça nous a fait une escale en plus sur notre route, où on a débarqué comme ça. On ne se connaissait pas du tout, avec ce fameux Dermot et toute son équipe. On a amarré le bateau, et on a envoyé le concert le lendemain soir, qui n’était absolument pas prévu et qu’était génial !

Aurélie, Raconte-moi l’Irlande : C’est génial ! J’ai regardé quelques vidéos sur la chaîne Youtube Pianocéan, et je crois qu’il y a un extrait de ce concert-là.

Marieke, Pianocean : Oui, il y a une vidéo, qui est dans le film d’ailleurs ! C’est un moment où je chante, justement à Crookhaven, une chanson traditionnelle irlandaise qui s’appelle Óró sé do bheatha abhaile, et où tout le public reprend en chœur la chanson…

Aurélie, Raconte-moi l’Irlande : Et où on voit la pinte de Murphy’s arriver à la fin, c’est ça ?

Marieke, Pianocean : Oui ! (Rires) La scénarisation de Pierrick a été absolument parfaite sur ce moment-là !

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Aurélie, Raconte-moi l’Irlande : Et au final, est-ce que tu saurais dire combien de concerts ou combien d’escales vous avez faits sur cette tournée Irlande ?

Marieke, Pianocean : Je dirais une quinzaine d’escales. Après en nombre de concerts, je ne peux pas te dire. Par exemple, pour le Galway International Art festival, fin juillet-début août, on a peut-être joué dix concerts, pendant une semaine ! Je ne sais pas combien de concerts on a joué exactement, peut-être une trentaine de concerts et une quinzaine d’escales différentes sur cette saison-là.

Aurélie, Raconte-moi l’Irlande : Et de cette tournée Irlande, est sorti un album en fait ?

Marieke, Pianocean : Voilà ! En fait, de chaque tournée sort un album. Dans ma cabine arrière, là où le piano redescend après les concerts, j’ai aussi mon petit studio d’enregistrement. Et je compose les chansons au fur et à mesure du voyage. C’est vraiment ça qui m’inspire. J’écris mes chansons entre les escales, et je les joue quasiment tout de suite, dès qu’elles sont composées, comme ça, ça me permet de jouer la chanson qu’a été composée à l’escale précédente, etc. Et puis quand elles sont prêtes, je les enregistre. Et l’idée, c’est qu’à chaque saison, il y ait un album qui sorte, qui soit comme une sorte de carnet de voyage musical, qui retrace le voyage qui a eu lieu. Il y a eu Mistraland pour le voyage de Méditerranée ; il y a eu Pluie-t-il ? et Water Music qui ont été enregistrées en Bretagne ; et donc, le dernier album au nom imprononçable (puisqu’il est en gaélique) Faoi íochtar na Spéire, qui veut dire « Sous le ciel de l’Ouest » a été enregistré en Irlande. Et l’idée de Pianocean, c’est aussi d’aller à la rencontre des musiciens qu’on peut rencontrer et croiser sur chaque escale, et d’enregistrer avec eux. Et là, sur ce dernier album, on arrivait vraiment à ce que je vivais avec Pianocean. C’est-à-dire qu’il y a quasiment un invité par chanson, et donc une diversité artistique qui m’a beaucoup, beaucoup plu à enregistrer. On peut entendre Rónán Ó Snodaigh qui est le leader du groupe Kíla et qui joue du bodhran. On peut entendre également Donncha qui chante une chanson a capella en gaélique. On peut entendre mon amie Bernie qui est également une chanteuse qui chante en gaélique sur l’album. J’ai rencontré une harpiste à Kinvara, qui s’appelle Floriane, qui est exceptionnelle et qui a enregistré également. Une jeune pipeuse, rencontrée à Cape Clear Island, Muireann, qui nous a régalé et qui a enregistré du pipe sur un morceau. Derrick Devine, un chanteur busker de Dublin qui a enregistré 100 days at sea avec moi… C’est vraiment tout un regroupement de rencontres musicales qui fait que cet album est vraiment un reflet du voyage et des rencontres.

Aurélie, Raconte-moi l’Irlande : C’est vrai, à l’écoute, cet album est super ! Et ce qu’il faut dire, c’est que tu chantes, mais tu chantes en trois langues sur cet ablum !

Marieke, Pianocean : Oui ! (Rires) Je chante principalement en Anglais, c’est là où sont mes racines de folk, et de la musique que j’écoute depuis toujours. Après, j’écris quelques chansons en Français évidemment, puisque c’est ma langue natale. Et puis, à chaque saison de navigation, en fonction des itinéraires, j’essaie d’apprendre un petit peu, ou d’écrire dans les langues locales que je croise. Donc en Méditerranée, j’ai écrit une chanson en Italien, en Corse, en Catalan, en Provençal. En Bretagne, j’ai écrit un bout de chanson en Breton. Et donc en arrivant en Irlande, je me suis frottée au Gaélique ! Et là, avec l’aide de quelques amis, et notamment Donncha et Bernie, qui est professeur de Gaélique à Dublin, j’ai pu écrire et composer des poèmes en Gaélique et les mettre en musique.

CD Pianocean tournée Irlande

Aurélie, Raconte-moi l’Irlande : Dans le film on le voit, et on te voit travailler et écrire un peu les chansons en Gaélique, et te faire un petit peu corriger au niveau de la prononciation, parce que même si c’est phonétique, ce n’est pas la plus simple des langues…

Marieke, Pianocean : Oui ! J’en ai bavé ! (Rires) C’est une très belle langue, très musicale, très étonnante, mais extrêmement difficile. Même avec l’oreille musicale !

Aurélie, Raconte-moi l’Irlande : En tout cas le rendu, pour quelqu’un qui comme moi ne parle pas Gaélique, Irlandais, est super ! Et je te le redis, j’adore ta musique, ta voix, tes compositions sont super. J’écoute l’album en boucle, ma fille l’adore aussi… Alors, est-ce que je peux te demander de pousser la chansonnette ?

Marieke, Pianocean : Bien sûr ! Te chanter une petite chanson a capella comme on le fait dans les pubs en Irlande, quand c’est la fin de soirée !

Aurélie, Raconte-moi l’Irlande : Super ! On va s’imaginer dans un pub !

Marieke, Pianocean : Voilà ! Au moment où tout le monde est ivre mort, et qu’il y a quelqu’un qui se met à chanter, et que même les plus lourdauds se taisent et versent une larme !

Aurélie, Raconte-moi l’Irlande : C’est ça ! On imagine qu’on a les pintes autour… Allez ! C’est ton tour !

Marieke, Pianocean : Ok ! Alors, je vais chanter une chanson que j’ai composée il y a des années de ça, à Tory Island. Tory, c’est mon petit bijou irlandais, c’est l’île la plus au Nord-Ouest de l’Irlande, un petit caillou perdu au milieu de l’océan, qui m’a accueillie il y a des années de ça, et où je vais naviguer l’été prochain (je l’espère !). Et donc c’est une chanson qui s’appelle Lady Land. Sur cette île, il faut savoir que jusqu’à l’année dernière, il y avait un roi, qui s’appelait Patsy Dan Rogers, qui est un grand ami et un sacré personnage, qui accueillait tous les gens en jouant de l’accordéon sur le quai de Tory Island. Et voilà, ça fait partie de ces petits bijoux avec des histoires incroyables que l’Irlande peut nous offrir…

Marieke chante Lady Land a cappella.

Aurélie, Raconte-moi l’Irlande : Merci beaucoup Marieke ! Tout à l’heure, tu nous disais que Pianocean était le projet d’une vie avec d’autres voyages après l’Irlande. Déjà, où est le bateau, la goélette, la Lady Flow aujourd’hui ?

Marieke, Pianocean : La Lady Flow est à Galway, au port à sec de Galway. On l’a sortie de l’eau pour l’hiver, et normalement, on rejoint le bateau fin avril. On remet le bateau à l’eau, et si la situation nous le permet, et que les frontières nous le permettent, on aimerait naviguer en direction de l’Ecosse.

Aurélie, Raconte-moi l’Irlande : Une autre belle destination !

Marieke, Pianocean : Une autre belle destination, avec plein d’îles ! On a prévu de naviguer toutes les Hébrides, Extérieures et Intérieures. Je pense que ça va être encore une très belle découverte, et plein de belles surprises en arrivant sur toutes ces îles.

Aurélie, Raconte-moi l’Irlande : Encore un peuple qui a beaucoup d’histoire à raconter ! Là, tu auras encore de belles histoires, de belles rencontres, de belles musiques à partager j’imagine !

Marieke, Pianocean : Exactement ! On touche du bois !

Aurélie, Raconte-moi l’Irlande : Et je voulais aussi te demande : la Lady Flow, comment elle va ? Puisque, je ne vais pas dévoiler tout le film, mais vers la fin il lui arrive une petite péripétie.

Marieke, Pianocean : Oui, on a eu quelques galères l’hiver dernier, grâce à la pluie irlandaise… Ce n’est pas un mythe ! On a eu un souci d’évacuation à l’hivernage, dont on ne s’est pas rendu compte et du coup on a eu une grosse, grosse inondation. On a mis trois bonnes semaines à remettre la Lady en état l’été dernier. Mais là, la Lady va très bien. Elle est sous la surveillance du personnel du port à sec, et elle passe un hiver bien meilleur que l’hiver dernier ! Donc elle va bien, et elle nous attend « de coque ferme » pour repartir ! Elle est prête à repartir direction l’Ecosse. Après, à la fin de l’été prochain, on va redescendre la Lady Flow sur la Bretagne pour pouvoir faire une série de travaux, qui sont nécessaires au bout de quelques années de navigation. Donc on va aller hiverner au Légué, en Bretagne, pour l’hiver prochain, avant de poursuivre le voyage. Et en fonction de la situation mondiale, on choisira, soit un cap au Nord, vers la Baltique, la Norvège, soit une transat en passant par le Sud puis en remontant par le Canada, le Groenland et l’Islande.

Aurélie, Raconte-moi l’Irlande : De beaux projets, et de belles destinations ! Voilà ! Marieke, je te remercie. Je te souhaite plein d’escales musicales et de belles rencontres comme celles que t’as pu vivre en Irlande.

Marieke, Pianocean : J’espère qu’on se croisera lors d’un concert à Galway par exemple, avant qu’on quitte l’Irlande !

Aurélie, Raconte-moi l’Irlande : J’espère bien pouvoir aller partager une pinte et surtout, t’écouter sur un port, quelque part en Irlande !

Livre Les Celtiques Marieke Huysmans-Berthou Anne-Lise Le Pellec

Autour de Pianocean et de la tournée Irlande

Autour du projet Pianocean, et de la tournée Irlande, il y a aussi un CD, un DVD, et deux livres, le premier Pianocean sorti aux éditions Glénat en 2018, et le nouveau livre Les Celtiques qui retrace le voyage en Irlande, celui-ci sorti en Novembre 2020.

Le site pour suivre l’aventure de Marieke et de Pianocean,

La chaîne Youtube : Pianocean Project

Instagram : @pianocean

La page Facebook de Pianocean

(photo d’illustration de l’article fournie par Marieke Huysmans-Berthou)

Pour l’été 2021

Pour l’été 2021, Pianocean propose une série appelée Les Concerts Embarqués : série de concerts rediffusés, de live streams, de concerts radiophoniques, et de podcasts qui vont être diffusés tout l’été de mai à août, avec l’idée de proposer en ligne des concerts qui seront à chaque fois donnés dans des endroits magnifiques ou des lieux un peu insolites (un concert au mouillage, sur une petite île ou dans un port de pêche).


Pour ne rien manquer des publications du blog, à venir ou dernièrement parues, rejoignez-moi sur la page Facebook du blog, et sur Instagram (davantage de photos). Et pour continuer à en découvrir toujours plus sur l’Irlande, recevez les 2 livres numériques que je vous offre, 20 anecdotes culturelles propres aux irlandais, et une légende irlandaise parmi les plus populaires de l’île, que j’ai écrite et revisitée pour vous ! 🙂

Et comme toujours, dites-nous ci-dessous ce que cette interview et son contenu vous évoque, provoque… J’adore vous lire ! 😉 Peut-être même avez-vous déjà croisé la route de Pianocean !

Posted in Musique, Portraits, interviews

2 Comments

  1. Chloé

    En fermant les yeux, on pourrait presque sentir la fraîcheur de la nuit qui tombe un soir d’été, sur la côte Irlandaise. On pourrait presque sentir aussi la légère brise qui fait danser quelques mèches de cheveux, et nos doigts froids qui attrapent maladroitement une pinte de stout… Au bout d’un moment, on sentirait une douce chaleur envelopper notre cœur, puis notre corps tout entier… Pour finir par nous rendre compte qu’un sourire s’est dessiné sur nos lèvres. Depuis quand ? On ne sait pas, mais il est bien là.
    Merci pour ce voyage !

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