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Shelley, photographie la vie de son comté – Comté de Longford

Shelley photographe comté Longford Irlande

C’est dans le town au nom éponyme du comté de Longford où je me suis rendue aujourd’hui, pour aller réaliser la 14ème interview de mon Tour d’Irlande en 32 comtés/32 Irlandais.

Originaire de Longford où elle a grandi, Shelley est une photographe freelance et multi-casquettes bien occupée. Occupée à photographier la vie de son comté situé au cœur de l’île, l’un des plus petits d’Irlande, tout au Nord-Ouest de la province de Leinster.

Carte comté Longford Irlande

C’est avec un grand sourire que Shelley m’accueille en cette belle journée automnale. Elle m’avait donné rendez-vous à la suite d’une exposition où elle se rendait avec ses étudiants. Je n’en savais pas plus. Jusqu’à ce que le matin même, juste avant de partir de chez moi, je reçois un texto de sa part :

« J’ai oublié de te prévenir, je serai à une exposition d’Halloween avant notre rendez-vous, alors il se peut que je ressemble à une sorcière… Littéralement ! »

C’est donc en sorcière effectivement qu’elle m’a accueillie avec un « J’adore Halloween ! J’adore me déguiser ! ». Et en sorcière qu’elle s’est prêtée au jeu pour m’en dire un peu plus sur elle, Longford, son parcours, et son métier de photographe dans la campagne irlandaise (qui n’a rien à voir avec ce que pourrait être un métier de photographe dans l’une des rares villes irlandaises !). 😉

Evidemment, pour le portrait d’une photographe, toutes les photos choisies pour illustrer cet article ont été réalisées par Shelley elle-même. 😉 Quant à mes photos de Longford, elles sont à retrouver sur le compte Instagram @racontemoilirlande.

Shelley photographe Halloween Longford Irlande
Shelley et sa fille, déguisées en sorcières à l’occasion d’Halloween. Photo par Shelley Corcoran

Avant de s’installer comme photographe à Longford

Shelley a grandi à Longford, mais comme de nombreux Irlandais, c’est à 17 ans qu’elle a quitté sa campagne pour aller étudier dans l’un des plus grands centres universitaires d’Irlande, à Maynooth, dans le comté de Kildare. Après ses études de géographie et d’anthropologie, elle a ensuite voyagé autour du monde, et a vécu en Australie pendant 15 mois où elle en a profité pour étudier la photographie. Après ces expériences à l’étranger, elle est revenue en Irlande, et c’est à Dublin qu’elle a obtenu son diplôme de photographe. Ses envies de voyages étant toujours présentes, elle est partie enseigner l’Anglais en Espagne pendant un an, avant de revenir l’enseigner le temps d’un été, à Cork, au sud de l’île. C’est à cette époque que l’envie de faire de sa passion son métier est devenue plus forte que tout, et pour se faire, c’est à Longford, sa région d’origine, où Shelley a choisi de s’installer.

Les débuts de Shelley comme photographe freelance

Shelley ne s’était jamais projetée en tant qu’entrepreneuse mais pour être photographe, elle ne voyait pas vraiment d’autres manières de faire. Elle avoue que ses débuts ont été très calmes car même si elle avait grandi à Longford, elle en était partie à 17 ans, et elle n’y connaissait plus personne.

– J’ai passé beaucoup d’années à Dublin, en Australie, en Espagne où personne ne me connaissait vraiment, j’étais anonyme. C’est bizarre ensuite de revenir dans une petite ville rurale où tout le monde veut savoir qui tu es.

Au fur et à mesure, elle s’est faite connaître et recommandée, et de bouche à oreille a réussi à s’installer localement et se construire une réputation en tant que photographe. Si à ses débuts, elle pensait travailler peut-être davantage comme photographe studio (elle a d’ailleurs converti son garage en studio photo), elle s’est vite aperçue qu’à la campagne, il lui faudrait se diversifier pour gagner sa vie. Un jour, le Longford Leader, le seul journal régional du comté, cherchait justement une photographe pour couvrir la vie locale et lui a demandé si ça l’intéressait.

Sur le blog, et depuis sa création, je dédie une page où je liste les principaux médias irlandais (généralistes), presse, radio, tv, web. Cliquez ici ou dans le menu pour y accéder.

Photographe aux multiples casquettes

Depuis, elle est la photographe principale du journal local hebdomadaire, ce qui l’amène à se déplacer dans tout le comté, et couvrir tout type d’évènement.

– Je ne fais pas le sport, parce que je n’aime pas ça et je n’y connais rien, et je serais incapable de savoir ce que je dois photographier ! Sinon, mon travail pour le Longford Leader me conduit aussi bien à couvrir le lancement d’un livre qu’un festival d’été ou des évènements caritatifs ou organisés par des centres communautaires ou des écoles. On fait aussi un supplément en début d’année scolaire pour les junior infants (équivalent maternelles en France) donc je me déplace dans les 43 écoles publiques du comté pour photographier tous les enfants.

Ce nombre d’écoles publiques pour l’un des plus petits comtés du pays m’étonne. Pourtant, Shelley me le confirmera, ce sont bien 43 écoles primaires publiques (« National schools ») qu’il y a dans le comté de Longford !

Couverture journal régional irlandais Oct 2021
Couverture du Longford Leader du 29 octobre 2021 – Photos par Shelley Corcoran

Travailler en partie pour le seul journal local du comté induit un rythme loin des horaires de bureau classiques, et même si aujourd’hui elle essaie d’aménager son temps de travail pour l’ajuster à sa vie de famille, cette jeune maman d’une petite fille de 3 ans et demi travaille toujours soirs et weekends.

– J’ai toujours travaillé comme ça depuis mes débuts en tant que photographe et pour le Longford Leader, car les évènements que je couvrais, évidemment qu’ils avaient souvent lieu le soir ou le weekend. Les gens peuvent penser que je peux organiser mon temps comme je veux. Mais je suis freelance, je n’ai pas de contrat avec qui que ce soit, alors c’est difficile pour moi de refuser un travail, même si aujourd’hui j’essaie d’apprendre à bien réfléchir avant de dire oui à une mission.

En étant basée à la campagne et en travaillant localement, Shelley a dû très vite apprendre à se diversifier. Si ses missions pour le journal hebdomadaire local représentent la majeure partie de son travail, elle a aussi d’autres cordes à son arc. Elle réalise des portraits dans son studio naturellement, toutefois, elle se déplace peu comme photographe de mariages, car ceux-ci la mobiliseraient pour des weekends entiers, ce qui n’est pas sa volonté.

Il y a quelques années, elle a été démarchée par le Arts Office de Longford, une sorte de commission locale qui existe dans chaque comté irlandais pour favoriser la mise en place d’activités artistiques pour leurs habitants. Ils voulaient mettre en place des cours de photographie axé sur le côté artistique.

– L’Arts Office m’ont demandé si je voulais faire ce projet avec les écoles locales et allier le côté technique avec de la pratique. J’ai toujours rêvé du côté artistique de la photo, plutôt que du côté commercial. Quand j’étais à l’université, mes cours de photographie étaient totalement axés sur la partie artistique et conceptuelle, les expositions, les photographes artistiques, ce genre de photographie. C’était totalement tourné vers la photographie artistique.

Depuis quelques années donc, Shelley travaille avec des adolescents d’une quinzaine d’années, qui sont en « transition year ». En Irlande, une transition year est une année scolaire supplémentaire choisie par l’élève avant d’entamer l’équivalent français des années de lycée. Cette année de transition se concentre davantage sur le développement social voire professionnel, avec des matières plus pratiques que peuvent choisir de faire les élèves. Les cours de photo que donnent Shelley s’adressent à ces élèves, ils font partie de cette année scolaire de transition.

En travaillant de la sorte avec ces jeunes, cela permet à Shelley de mettre en avant le côté artistique qu’elle affectionne dans son métier. Avec ces jeunes, elle travaille sur différents projets, comme l’exposition d’Halloween d’où elle arrivait le jour de notre rencontre.

Shelley à l'une de ses expositions photographique Longford Irlande
Shelley à l’une de ses expositions photographiques, Longford – Photo par Shelley Corcoran

– Je peux leur demander de raconter une histoire de manière totalement visuelle, sans mot, uniquement avec les images. D’autres fois, je leur demande de faire un autoportrait. Forcément, ils pensent tout de suite « selfie » et que c’est facile ! Mais non, je leur explique qu’un autoportrait, c’est montrer un aspect de soi, avec de l’émotion, intime. En classe, ils écrivent d’abord qui ils sont en tant que personne et comment ils veulent exprimer cela dans leur portrait. C’est assez conceptuel finalement ce que je fais avec eux.

Shelley adore travailler avec ces jeunes, et constate à quel point ils sont créatifs et que certains qui sont parfois un peu introvertis peuvent sortir de leur coquille grâce à des projets dans lesquels ils s’investissent. D’autant plus que Shelley considère qu’un bon photographe doit aussi être un bon modèle.

– Tu dois être à l’aise des deux côtés de l’objectif car pour être un bon photographe, tu dois être un bon modèle parce que tu dois comprendre la position de la personne qui pose, et ce que tu veux d’elle. Ça t’amène aussi à développer la communication, verbale et non verbale. Tu sais ce que tu veux, le rendu que tu veux, et tu dois être capable de l’expliquer. La communication est vraiment importante dans la photographie.

Modèle pour ses photos, Shelley a d’abord appris à le devenir lorsqu’elle était étudiante, par défaut plus que par choix premier.

– L’établissement où je faisais mes études de photographie était à Dun Laoghaire, loin du centre-ville de Dublin où j’habitais alors, c’était plus simple d’être le sujet de mes photos plutôt que de m’organiser pour aller à Dun Laoghaire ou trouver des modèles.

Cette diversité que lui apporte le fait de travailler à la campagne, Shelley l’adore. Elle sait que si elle travaillait en ville, notamment à Dublin comme certains de ses amis d’université, il lui serait plus facile de n’être « que » photographe de mariages ou portraitiste.

– Je fais de tout, vraiment. Je pense que c’est l’une des bonnes choses de venir d’un petit town plutôt que de travailler dans une ville. Je n’aimerais pas être spécialisée dans tel ou tel domaine. J’adore ce que je fais en travaillant localement, à Longford, parce que c’est vraiment diversifié, que je rencontre beaucoup de gens, et que je me déplace à des évènements ou je n’irais jamais autrement.

A propos de la vie communautaire et rurale en Irlande

Ciara O’Shea lors d’une course de tracteurs à but caritatif, Longford – Photo par Shelley Corcoran

Aujourd’hui, ses missions pour le Longford Leader l’occupent quotidiennement et l’emmènent dans les moindres petits villages du comté.

– Il m’est arrivé tellement de fois d’arriver dans des communautés, des petits villages, et de me présenter en venant pour le Longford Leader. Et les gens veulent savoir qui je suis, si je suis originaire de Longford, etc. Ça peut paraître un peu indiscret mais c’est juste de la curiosité.

– C’est très irlandais, je trouve, et ça révèle aussi le sens de la communauté en Irlande. On peut croire que tout le monde veut tout savoir sur tout le monde, mais c’est aussi une manière de veiller à ce qui se passe dans la communauté.

– Oui, Longford est un petit town et les villages autour sont encore plus petits. Il y a un sens énorme de la communauté. Si quelqu’un est malade par exemple, avec un cancer en phase terminal, tous les amis alentours se réunissent pour collecter des fonds de soutien. Par exemple, une course de tracteurs a été organisée ces derniers mois (les fermiers sont très fiers de leurs tracteurs ici !), et énormément de fermiers ont participé avec leurs tracteurs. Ils devaient payer pour participer et ces fonds ont servi à payer des soins pour une personne malade du cancer au Mexique, originaire d’ici.

– Ça aussi, c’est quelque chose de très irlandais, ces évènements caritatifs organisés localement.

– Oui, j’imagine que ça vient des temps anciens, plus difficiles, comme la Famine par exemple, où on devait se soutenir les uns les autres. C’est très ancré chez nous. Regarde Bob Geldof (ndlr – chanteur Irlandais), c’est lui qui est à l’origine de Live Aid (ndlr – concerts caritatifs de 1985 auxquels ont participé des groupes tels que Queen ou encore U2). L’une de mes tantes est allée enseigner en Zambie. C’est quelque chose à laquelle j’ai toujours pensé, que lorsque je serai retraitée, j’aimerais faire quelque chose dans ce sens. Peut-être parce qu’on se dit qu’on est chanceux, et qu’on a envie de rendre ce qu’on a reçu.

Quelques anecdotes partagées par Shelley concernant Longford

Avant de nous quitter, Shelley m’emmènera faire un petit tour en voiture à travers « l’immense ville » de Longford (10 000 habitants) en passant par Dublin street, la rue principale de Longford qui mène devant St Mel’s Cathedral (Saint Mel serait le neveu de St Patrick), une cathédrale qui est au cœur de la vie de la communauté tel que me le confiera Shelley. C’est là que tout s’y passe, les rassemblements, les festivités, les mariages.

– On est très attaché à notre église.

Je le comprendrais d’autant plus lorsque, toujours au volant de sa voiture, je verrais Shelley gagnée par l’émotion lorsqu’elle me racontera l’incendie qui a ravagé leur église une nuit de Noël 2009.

– C’était terrible, on était tous dévastés. On a dû aller assister à la messe de Noël dans les petits villages alentours parce qu’on n’avait plus d’église. C’était vraiment terrible. Heureusement, aujourd’hui, elle a été reconstruite. Tu peux aller la visiter si tu veux. Tu verras le tableau qui a été épargné par les flammes, c’est un très vieux tableau qui s’appelle « La Sainte Famille », et heureusement, il est toujours là !

Cathédrale de Longford par Shelley Corcoran
St Mel’s Cathedral, cathédrale de Longford par Shelley Corcoran

Au sujet de St Mel’s Cathedral, Shelley m’a d’ailleurs partagé une autre anecdote, peu commune, qui lie l’église de Longford à l’un des acteurs les plus célèbres d’Hollywood : Mel Gibson. En effet, invité il y a des années de la très populaire émission irlandaise The Late Late Show, l’acteur avait dévoilé à cette occasion qu’il avait été prénommé Mel en référence à la cathédrale d’une petite ville au centre de l’Irlande, Longford… d’où était originaire sa mère ! Une fierté pour les habitants de Longford, si attachés à leur église !

Dernière anecdote que me confiera Shelley avant de me laisser, celle d’un fantôme, Spike, qui hanterait St Michaels boys school à côté de la cathédrale, école où Shelley donne justement des cours de photo. Une anecdote de circonstances, racontée par une sorcière, à quelques jours d’Halloween !

Un grand merci à Shelley pour m’avoir consacré de son précieux temps et partagé un peu de son parcours et de sa vie, et ainsi contribuer à vous transmettre quelques aspects de tout ce qui rythme la vie quotidienne de l’Irlande rurale. Pour en apprendre et découvrir toujours un peu plus sur l’Irlande et les Irlandais.

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Posted in La vie en Irlande, Portraits, interviews

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