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Visite de la Vieille Bibliothèque de Trinity College… Avec ma fille

Bibliotheque Trinity College buste Jonathan Swift

La visite de la Vieille Bibliothèque, ou Old Library de Trinity College, à Dublin, est quelque chose d’extraordinaire. C’est pour cela que je me défends de répéter mes visites dans cette très vieille bibliothèque d’exception. C’est pour cela que j’attendais que ma fille soit en âge de l’apprécier pour l’y emmener.

C’était sans compter sur un certain virus coronaire qui nous en a privé l’accès pendant près d’un an et demi.

Ce n’est donc qu’une fois ses portes réouvertes, à l’été 2021, que j’ai pu emmener ma fille pour la première fois, enfin, visiter la Vieille Bibliothèque de Trinity College. Et ce, dans un contexte privilégié dont je vous conterai les détails plus bas.

La Old Library (Vieille Bibliothèque) de Trinity College, c’est quoi ?

– C’est la Bibliothèque d’Harry Potter ! clameront certains.

Certes, cette galerie ancienne longue de 65 mètres, sur deux niveaux, voûtée et en bois massif, a de quoi plonger tous les fans d’Harry Potter dans l’univers d’Hogwharts ! Mais, au risque de décevoir ces mêmes fans, la bibliothèque de Trinity College n’est pas celle utilisée dans Harry Potter (il s’agit de celle de Cambridge, en Angleterre).

La Old Library se situe dans l’enceinte de l’université qu’est Trinity College, en plein centre de Dublin. Trinity College a été fondée en 1592 par la reine Elizabeth I (l’Irlande faisant alors partie de l’Empire Britannique) et est l’une des plus vieilles universités d’Europe. Le bâtiment qui abrite la partie ouverte au public, plus particulièrement la Long Room, la galerie principale, date du début du 18ème siècle. Celle-ci abrite près de 200 000 ouvrages que le visiteur peut admirer… Mais pas toucher !

En effet, ces livres sont parmi les plus anciens non seulement d’Irlande, mais d’Europe. Ce trésor que préserve la Old Library de Trinity collège contient plus de 200 manuscrits médiévaux écrits en gaélique. Quand on sait que le gaélique est la plus vieille littérature vernaculaire d’Europe occidentale, il est facile de comprendre que ces ouvrages ont une valeur considérable, voire inestimable, sous bien des aspects.

Cependant, si cette bibliothèque se visite comme un musée pour le touriste lambda, elle reste néanmoins utilisée pour sa fonction première, et les ouvrages peuvent être consultés (sous strictes conditions) pour des recherches spécifiques par certains élèves et professeurs de Trinity College.

Outre ces très anciens livres, la galerie de la Vieille Bibliothèque abrite quelques autres précieux trésors : des bustes d’hommes plus ou moins connus mais ayant tous un rapport avec Trinity College, que ce soit ses architectes ou des écrivains comme Johnathan Swift, l’auteur des Voyages de Gulliver, et accessoirement étudiant à Trinity College en son temps. Dans cette magnifique galerie se trouvent également un rare et précieux exemplaire du texte de la proclamation de la République d’Irlande (1916), ainsi que la plus ancienne harpe d’Irlande, en bois, gravée, et datant du 15ème siècle.

Ah ! Et petit détail : pour le visiteur, l’accès à la galerie du premier étage se fait d’abord par une exposition permanente qui abrite un autre trésor irlandais: le Book of Kells, chef d’oeuvre de manuscrit médiéval illustré du 9ème siècle retraçant les 4 évangiles. Il est malheureusement, mais logiquement, présenté sous verre, et l’on peut donc seulement en admirer une double page.

Tout ça, je m’étais bien gardée de le révéler à ma fille avant de l’y emmener, adepte que je suis de l’émerveillement, et de l’ignorance préalable qui y mène. 😉

Découverte de la Vieille Bibliothèque par ma fille

C’était une belle journée d’été, très ensoleillée. Il faisait chaud pour nos standards dublinois, et l’emploi du temps le permettait : direction Trinity College, pour visiter sa Vieille Bibliothèque, et la faire découvrir à ma fille, pour la première fois.

Particularité de cette visite estivale en 2021 : conséquence de la pandémie, Trinity College n’était toujours pas ouvert au public depuis près d’un an et demi et le seul moyen d’entrer dans l’enceinte de ce temple du savoir et d’apprentissage était de prendre un billet pour une visite de la Old Library qui elle, avait réouvert ses portes quelques semaines plus tôt. Portes réouvertes avec jauges de visiteurs très restreintes et contrôlées. Il nous avait donc fallu choisir un créneau de visite, lors de la réservation en ligne, pour accéder à la bibliothèque. Autre détail : l’Irlande n’avait toujours pas donné le feu vert aux touristes internationaux pour venir fouler son sol, ce qui était toutefois prévu quelques semaines plus tard. C’est donc consciente de ces atouts que je m’étais dit que visiter la Vieille Bibliothèque de Trinity College dans ce contexte confidentiel serait encore plus exceptionnel.

Découvrez le portrait d’Antony, éditeur indépendant à Dublin et ancien élève de Trinity College. A lire en cliquant ici.

Les premiers instants dans la Long Room

Comme je vous l’ai dit précédemment, lorsque l’on vient découvrir ce temple de littérature, on entame la visite par l’exposition permanente dédiée au Book of Kells, au rez-de-chaussée, avant de grimper les escaliers qui mènent au graal du premier étage, la Long Room de la Old Library, la Vieille Bibliothèque de Trinity College. Je ne vais pas m’attarder sur cette première partie du Book of Kells, ce que nous n’avons pas non plus fait lors de notre visite (à peine 10 minutes).

Alors, on quitte la « salle du Trésor » telle qu’elle est baptisée, et on se dirige vers le large escalier à deux volées qui doit nous mener à la galerie du premier étage. Je laisse ma fille passer devant, parce que je veux lui laisser le privilège de cette vue, de cette grandeur. Parce que je sais l’effet qu’Elle fait lorsqu’on arrive sur le pallier, face à son entrée.

Les marches nous déposent en réalité face à une réserve de la galerie, séparée de celle-ci et du pallier par une cloison semi-ouverte, et qui laisse déjà percevoir de très anciens ouvrages. Et la hauteur sous plafond du lieu. Ma fille lance un premier « Han ! » et reste en admiration devant ce qui s’offre à elle. Elle n’a pourtant pas encore aperçu ce pour quoi nous nous sommes déplacées, sur sa droite.

– Regarde ! que je lui murmure à l’oreille, en faisant pivoter ses épaules vers la droite.

Elle s’avance de quelques pas, doucement, sans dire un mot. Déjà impressionnée sans doute. La voilà qui s’immobilise maintenant dans l’encadrement de l’immense porte, qui semble trop grande pour elle. Devant ses yeux d’enfant se dresse un couloir de 65 mètres de long sur 12 de large et d’une vingtaine de mètres de haut, bordé par des rangées d’étagères au garde-à-vous, sur deux niveaux, qui abritent quelques 200 000 livres anciens. Ma fille reste là, figée. Je la pousse délicatement pour la faire avancer, et libérer le passage de ce portail vers cet imposant édifice à l’atmosphère religieuse.

Visite de la Old Library Trinity college avec ma fille

Mais elle s’arrête à nouveau, dès que ma main se détache de ses petites omoplates. Elle ne parle toujours pas. Et ses yeux se remplissent de larmes. Je la sers dans mes bras.

– Ca me donne envie de pleurer !

– Je comprends, c’est normal. A moi aussi, ça me fait cet effet là.

Il faut dire que l’atmosphère en cet été post-confinement irlandais est exceptionnellement calme. Au moment où nous entrons dans la Long Room, en plein après-midi pourtant, nous avons le lieu presque pour nous toutes seules, moins de 10 personnes à l’intérieur. Je sais que ce contexte intime favorise certainement l’émotion qui envahit ma fille à cet instant, même si j’ai toujours moi-même été émue lors de mes visites précédentes dans cette église littéraire. Et durant tout le temps de notre visite, nous l’aurons même pour nous toutes seules, à plusieurs reprises, pendant de longs moments. Plus jamais je ne connaîtrai cette vieille bibliothèque dans ce calme religieux, je le sais, et j’en profite pleinement, consciente que chaque seconde passée sous ces voûtes, ce jour-là, est magique et exceptionnelle.

Quand ma fille reprend ses esprits, je la laisse déambuler à son rythme (très lent !) et vivre par elle-même ce que la Old Library lui procure. De mon côté, je m’arrête dès l’entrée. Un jeune étudiant aux cheveux blonds décroche la corde de la barrière d’exposition qui interdit aux touristes lambdas dont je fais partie le privilège de monter, pris dans leur étau de livres, les splendides escaliers en colimaçon qui mènent à la mezzanine, l’étage de la Long Room réservé à l’étude et aux recherches. Je regarde jalousement ce minois angélique s’élever vers le savoir. Nos regards se croisent. Il sait mon envie, et je lis dans ses yeux pâles la conscience de son privilège.

Escalier Long Room Bibliothèque Trinity College Dublin

Poursuite de notre visite de la Vieille Bibliothèque de Trinity College

La lumière feutrée qui pénètre dans la galerie en chêne foncé par de hautes fenêtres voilées, sa démesure, son plafond voûté, cet aspect d’immense cloitre, tout ceci donne à la Vieille Bibliothèque de Trinity College une ambiance monastique. D’ailleurs, même si aucun panneau ne le demande, c’est naturellement que ma fille et moi chuchotons lorsque nous voulons échanger. Comme pour ne pas déranger les livres poussiéreux et les histoires qu’ils se racontent. Ou les fantômes du passé qui y déambulent encore.

Aussi, si on tend l’oreille, on peut entendre certains d’entre eux, figés pour l’éternité dans le marbre de leurs bustes, gardiens d’ouvrages précieusement fermés, protégés, conservés ici depuis des dizaines d’années.

– T’as vu Maman, les gros livres sont tout en bas, et les plus petits tout en haut !

Les étagères sont si hautes que des échelles glissantes sur poulies sont nécessaires pour atteindre leur dernier niveau. J’observe leurs marches usées, et je me demande combien sont-ils, aujourd’hui, à y monter parfois, pour en déloger ce petit livre de cette dernière étagère à la lettre P.

– Maman, pourquoi il y a des petits bouts de papiers qui dépassent des pages de certains livres ?

– Je ne sais pas, sans doute des notes, des marque-pages, pour ceux qui les utilisent pour leurs recherches…

D’ailleurs, l’étudiant à la gueule d’ange a disparu, certainement installé dans un coin confidentiel de l’étage supérieur de la galerie. Mais une femme est assise, là haut. La cinquantaine, les cheveux blond vénitien, longs et frisés, installée sur une petite table, une lampe allumée en coin, occupée à discuter avec un être que je ne peux voir. Aucun son ne me parvient. Elle semble pourtant animée d’une conversation sérieuse. Avec qui discute-t-elle ? Lequel parmi ces 200 000 ouvrages est posé sur son petit bureau d’étude ? Quel est le sujet de ses recherches ? La phonétique ancienne ? L’architecture victorienne à Dublin ? L’étude d’ossements datant de l’âge de bronze ?

Galerie principale bibliothèque Trinity College Dublin

– Est-ce que tu sais comment ils font pour passer d’un bloc d’étagères à un autre, là-haut ?

– Il y a un couloir du côté des fenêtres ?

– Bien mieux que ça ! Il y a des portes secrètes dans les étagères ! Comme dans Scoobi-Doo !

Les yeux de ma fille s’illuminent encore plus.

Quand la visite de la Old Library se termine

On prendra le temps aussi de s’arrêter regarder la copie de la Proclamation d’indépendance de la République d’Irlande. Et la harpe (dite « de Brian Boru ») en bois gravé, petite mais massive, chef d’oeuvre d’artisanat médiéval. On prendra le temps surtout, de lever le nez en l’air, d’admirer la galerie, son architecture et ce qu’elle contient, de s’arrêter entre presque chaque bloc de cette Vieille Bibliothèque, de profiter du silence, de sa grandeur, de son calme, de ce lieu propice à l’imagination, qui donne envie, envie de livres, envie d’apprendre, de comprendre, et envie de rêver surtout.

Nous sommes restées 45 minutes dans la Long Room. Le temps qu’il a fallu à ma fille pour me dire que c’était bon, qu’elle y avait passé suffisamment de temps, qu’elle voulait en sortir.

Et puis, une fois de retour à la réalité et au ciel toujours bleu de cette magnifique journée dublinoise, toujours dans l’enceinte de Trinity College, ma fille me lance :

– Maman, il faut que tu en parles sur ton blog !

Vous pouvez donc remercier ma fille pour ce partage de visite au sein de la Vieille Bibliothèque de Trinity College ! 😉

Ma fille dans la bibliothèque de Trinity College Dublin

Infos pratiques

La Old Library se trouve dans l’enceinte de Trinity College, dans le centre-ville de Dublin. L’entrée est gratuite pour les enfants. Lors de l’achat du billet, la réservation se fait sous « Book of Kells » mais le billet comprend l’accès à la Old Library.

Tarifs et horaires pour les visites sur le site de Trinity College.

Si vous voulez en apprendre davantage sur la Vieille Bibliothèque, et que vous lisez l’anglais, de nombreuses informations sont détaillées sur le site de Trinity College : www.tcd.ie/library/old-library/


Et vous, vous l’avez visitée cette superbe bibliothèque de Trinity College ? Partagez vos avis et impressions en commentaires ci-dessous si ça vous dit. C’est toujours chouette de savoir comment les gens vivent et ressentent ces endroits d’exception. 🙂

Posted in Dublin, Idées Voyage et week-ends en Irlande, récits, Notre vie en Irlande

14 Comments

  1. Michel THIBAUDIN

    MERCI pour cette belle carotte… (!)
    Ça y est les quarantaines sont suspendues pour les arrivées en Irlande à partir d’aujourd’hui…
    Et nos billets nous attendent pour le mois de juillet prochain… Nous pourrons enfin en profiter entre le 07 juillet et le 03 août après 2 ans et 11 mois de suspension, on y sera à nouveau pour encore 4 semaines pleines de petits bonheurs et de rencontres.
    MERCI aussi à « Mademoiselle » pour son émerveillement et sa sensibilité…. à cultiver avec bienveillance

    • Aurélie Gohaud

      Encore un peu de patience pour ces retrouvailles tant attendues, qui n’en seront que meilleures. Le manque a ça de bon, si ça peut nous consoler. 😉

  2. Boffet

    L’escalier en colimaçon, entre deux hauts murs de livres, est très impressionnant, il donne aussi une touche de mystère à cette grandiose cathédrale de savoirs !

    • Aurélie Gohaud

      Tout à fait. D’où ma jalousie de le voir fouler sous mes yeux, ce jour-là… Cet escalier interdit, cet mezzanine confidentielle, ces soi-disant portes secretes entre les étagères là-haut… Ne font qu’entretenir leur mystère et nourrir l’imaginaire !

  3. SARNIGUET

    Merci pour vos descriptions très précises qui m aident à me remémorer cette merveilleuse et magique bibliothèque que j ai visité en 2018 ! J en suis tombée amoureuse des que j y suis rentrée!

  4. Deschamps Alain

    Merci de cette excellente description de visite à un endroit magique de Dublin, je reve d’y emmener ma petite fille étudiante en lettres !!!!! j’attend ton prochain récit avec impatience !!

  5. Daniel Pruilho

    Je l’ai visité en 2016 le dernier jour (et unique pluvieux) de notre séjour …Passé les longues minutes de queues a l’extérieur (quelle chance pour vous ce « covid » oups pardon) …ce fut l’émerveillement total cette longue galerie après le passage devant le « Book of Kell’s » …J’en garde en souvenir ce silence religieux ..Le même silence ressenti quelques jours avant à la chaussée des géants….

    • Aurélie Gohaud

      « (quelle chance pour vous ce « covid » oups pardon) » : Un peu (beaucoup), oui, pour le privilège d’avoir dans un contexte confidentiel, et le temps de quelques semaines, ces lieux habituellement très fréquentés. 🙂

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